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UDR – Université de la Deuxième République

THEOLOGIE CONTEXTUELLE ET MEMOIRE DE L’ESCLAVAGE EN HAITI

NOBLEUS Alinx

L’interprétation de la bible et histoire de l’esclavage.

Ce que nous vivons de nos jours en Haïti n’est pas le fruit du hasard mais plutôt un héritage légué par un système d’esclavage subit par nos ancêtres orchestrés sous l’égide des soi-disant races supérieures. Les séquelles ou les traumatismes de ce système sont néfastes et multidimensionnels telle que : la violence physique et psychologique, les abus de toutes sortes, les privations des droits d’être un humain, etc. Les auteurs Andrea Nicholson, Minh Dang et Zoe Trodd, dans son ouvrage  une liberté totale : définition contemporaine de l’esclavage par les survivants disait d’une façon remarquable et le répétons avec une nostalgie extrême :

« L’esclavage est un système de domination et d’exploitation dans lequel des individus sont privés de leur liberté, de leurs droits fondamentaux et de leur personnalité juridique, les réduisant au statut de biens ou de propriété appartenant à d’autres. Ce crime, reconnu comme une violation grave des droits de l’homme, repose sur des pratiques coercitives, telles que la contrainte physique, psychologique ou économique, pour maintenir une soumission totale. L’esclavage se manifeste sous diverses formes, notamment le travail forcé, l’esclavage sexuel, la servitude pour dettes, ou encore la traite des êtres humains »[1].

Personne, quelques soit sa couleur, sa race, son ethnie, sa soi-disant supériorité n’a aucune légitimité d’enlever à un autre son droit de vivre libre et de jouir son plein potentiel. Cependant, à combien s’élève le nombre de nos enfants, frères et sœurs, compatriotes croupissant jusqu’à aujourd’hui sous le poids de l’esclavage sous sa forme la plus moderne ? Y a-t-il quelqu’un qui se soucie toujours du sort de ces esclaves modernes dans nos églises, familles d’accueils, des centres de détentions de toutes sortes ?  Evelyne Bisonne Jeufrey dans son livre préfacé par Bruno Clavier explique en ces termes : Cet héritage, qui se transmet à travers l’ADN, la mémoire du corps et la mémoire cellulaire, a un impact sur nos vies, sur nos esprits et sur nos corps. Il crée des douleurs physiques, des maladies, des angoisses, un mal-être persistant ; il nous empêche d’avancer ; il crée une instabilité émotionnelle ou relationnelle que nous ne comprenons pas… Il donne aussi naissance à des loyautés inconscientes qui nous poussent à reproduire des rituels inexpliqués, à contracter les mêmes maladies que nos ancêtres, voire à commettre les mêmes actes, parfois irréparables, sans que nous les ayons choisis[2]. Tout comme dans le passé, il continue à engendrer dans notre société actuelle à la fois des victimes et des bourreaux modernes avec les mêmes caractéristiques ancestrales.

L’analyse de la théologie et L’arrivée des colons sur la terre d’Haïti.

L’homme un être créé libre par son créateur est un fait qu’on ne peut ignorer. C’est exactement ce que les premiers habitants d’Haïti expérimentaient. Effectivement, Avant l’arrivée des colons sur la terre d’Haïti autrefois appelé « Quisqueya » ou « Perles des Antilles », vivaient paisiblement des habitants en toute liberté dans la sécurité sans aucune contrainte extérieure. Naturellement, comme tous les autres peuples, ils avaient leur langue, leur coutume ou mœurs, leur pratique de fonctionnement tel que : la pêche, la chasse et la cueillette des fruits. Ils savaient utiliser les pierres et la terre pour fabriquer des outils en pierre polie et des poteries en terre cuite d’où la période précolombienne de 5580 BP- 1492 ap. J.-C[3].

Effectivement, l’arrivée de ces inconnus marque un tournant crucial dans l’histoire de ce paisible peuple. Car le motif pour lequel ce débarquement a eu lieu n’est autre que la recherche de la richesse afin d’assurer une sécurité économique et financière et non le partage du vrai évangile. D’où la naissance des maitres et sujets, la création d’une société fragmentée en classe.

Dans son livre intitulé « la société autophage » l’auteur montre la continuité de cette même tendance (l’accumulation de la richesse) tout au long de la fin du XVII et le début du XIX siècle et le résume ainsi: « la vocation de l’être humain n’est pas d’être vertueux mais d’accumuler les richesses. Quand les vertus traditionnelles constituent un obstacle pour la création de la richesse matérielle, il faut les abandonner et les remplacer par d’autres. La définition d’une science de l’économie et de son autonomisation par rapport à d’autres champs du savoir sont allées de pair avec une autonomisation effective de l’économie : plutôt que de se procurer à la société les bases matérielles de ce qu’elle considérait comme vraiment important (le service de Dieu, la gloire, la vie civique, la contemplation, etc), l’économie est devenue la finalité suprême à laquelle les autres sphères de la vie étaient appelées à contribuer et à se soumettre[4] ».

L’imposition de la religion par les envahisseurs aux habitants.

L’histoire du monde ne manque pas des faits poignants des peuples qui se croyaient ou supposés supérieurs aux autres peuples jusqu’à leur imposer leur manière de vivre tout en les dominant cruellement. Cependant, ces suppositions n’ont aucun fondement légal d’être. Et, Antênor le relate de fort belle manière en ces termes : « Bien que M. de Gobineau, qui réunissait à une grande érudition une faiblesse de conception et un manque de logique avérés, ait prétendu que « l’idée d’une inégalité native, originelle, tranchée et permanente entre les races est, dans le monde, une des opinions les plus anciennement répandues et adoptées », personne de ceux qui ont étudié l’histoire ne saurait admettre une telle assertion. Peut-être observe-t-on un esprit fait d’égoïsme et d’orgueil, qui a toujours porté les peuples civilisés à se croire d’une nature supérieure aux nations qui les entourent ; mais on peut affirmer qu’il n’y a jamais eu la moindre relation entre ce sentiment, qui est la conséquence d’un patriotisme étroit mais hautement respectable, et une idée positive de hiérarchie systématiquement établie parmi les races humaines »[5].  En fait, pour asseoir leur domination, ces peuples supposés supérieurs, apportent avec eux la religion ou un soi-disant évangile comme sceptre divin pour assujettir les autres comme c’est le cas avec le débarquent des colons sur le sol d’Haïti. Cet évangile ou cette théologie basée sur, je pense, « serviteurs soyez soumis à vos maitres » oublie généralement « Maitres abstenez-vous de menaces ». Et, le fait poignant, ces mêmes maitres ne font aucun cas de cette sublime phrase : « Le Maitre Céleste ne fait point acception de personnes » parce qu’ils suivaient coute que coute leur objectif très claire « accumulation de la richesse ». De toute façon cet évangile ne véhicule, à dire vrai, qu’une théologie dominante, assujettissante et manipulatrice. Quand on considère au fond cette théologie prônée par ces envahisseurs, elle ne tenait aucun compte de la situation, du contexte des assujettis. D’où, une fausse théologie, un faux évangile. Fort de ce même constat, Douglas HALL dans son livre l’a si bien expliqué en ces termes : « Ce qui est fautif dans la théologie dominante, c’est qu’elle se proclame universelle, vraie et signifiante en tous lieux, transcendant son propre contexte historique. Dans la théologie classique, cette transcendance se situait dans l’universalité de la vérité. Les idées étaient perçues comme pouvant échapper aux contingences de l’univers empirique »[6]. En fait, cet évangile des blancs ne fait pas le peuple de Dieu les nations qui le subisse. Ecoutons plutôt ce que dit Messina dans son ouvrage : « Ainsi, l’unique peuple de Dieu est présent à tous peuples de la terre, empruntant à tous les peuples ses propres citoyens, citoyens d’un royaume dont le caractère n’est pas terrestre mais céleste. Tous les fideles, en effet, dispersés à travers le monde, son t, dans l’Esprit Saint, en communion avec les autres, et, de la sorte, celui qui réside à Rome sait que ceux des sont pour lui un membre. Les fidèles, bien que dispersés dans le monde, ont tous les mêmes responsabilités face à ce royaume, qui, sans être de ce monde, prend « corps » dans notre monde. Aussi est-il absolument nécessaire que chaque membre du corps, tout en gardant son identité, demeurent solidaire de l’ensemble. Cette solidarité ne peut s’exprimer que dans l’exercice de la responsabilité de chaque membre vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres, dans l’unique du salut, que l’Eglise, à la suite du Christ, s’efforce d’accomplir »[7]. Voilà l’essence même du vrai évangile. Cependant, en arrivant sur la terre d’Haïti au lieu de se conformer au vrai évangile, toute cette démarche des colons symbolise le point de départ de la mise en place de la domination européenne sur l’île – et dans le continent américain -, dont la plus malheureuse conséquence a été la décimation totale des populations autochtones sous le poids d’un esclavage féroce et leur remplacement par des Noirs africains[8].

Théologie et la civilisation des noirs dans la colonie.

On nous apporte un évangile voilé pour nous empêcher de ne pas nous soucier de notre état de deshumanisation engendré par ces insatiables colons. Cet évangile, au lieu d’être un instrument pour l’épanouissement des êtres humains dans la  colonie, devient un outil de destruction massive de ce peuple colonisé dans sa propre patrie. Car ce christianisme, dans ce contexte, n’est plus qu’un masque dont se servent les puissances esclavagistes pour s’attirer les bonnes grâces du Saint-Siège[9].

Étant assoiffé par la richesse, les colons réduisaient la population indigène d’alors en esclavage. Cette dernière ne pouvant pas supporter ce pesant fardeau qui lui est imposé succombait brutalement. C’est ce qui nous est rapporté par le Dr. Elie Lescot Jr., dans son fameux livre intitulé  « Haïti : Images d’une colonisation (1492-1804, il disait et je cite : « En moins de vingt-cinq ans, les populations autochtones sont décimées à cause des mauvais traitements subis, de l’esclavage et des maladies importées par les conquérants. Sur le million d’autochtones que comptait l’île au moment de sa découverte par les Européens, il n’en restait plus qu’environ 60 000 en 1507, 14 000 en 1514, 600 en 1533 et seulement 150 en 1550. Les premiers vice-rois d’Hispaniola responsables de ce génocide sont : Barthélémy Colomb (frère du découvreur), Francisco de Bobadilla, Nicolas de Ovando, et Diego Colomb (fils aîné de Christophe). Mais touchée par les maladies “importées” par les européens, les mauvais traitements, la population amérindienne disparaît en quelques décennies »[10].

C’est avec raison que Fritzner Etienne déclarait : « La catastrophe démographique aura pour conséquence le développement progressif du système odieux de la Traite des Noirs qui, pendant quatre siècles environ, arracha a l’Afrique des dizaines de millions de ses fils, vendus comme esclaves dans les plantations et dans les mines américaines. Cet expédient n’a pourtant pas réussi à sauver la colonie espagnole d’Haiti. Cette déportation massive de ces peuples de l’Afrique entraine aussi avec eux toute une civilisation autre de celle déjà pratiquée dans la colonie de Saint-Domingue, donc, La présence massive de descendants d’esclaves africains en Haïti notamment dahoméens, y explique l’importance prise par le culte vaudou. Le vaudou haïtien est une forme de syncrétisme religieux basé sur le vaudou ouest-africain, pratiqué principalement en Haïti et par la diaspora haïtienne. Les pratiquants sont appelés vodouisants ou serviteurs des esprits[11].

Théologie et traumatisme ou séquelle.

Imaginons un instant ces paisibles gens arrachées de forces de leurs terres natales laissant derrière eux : Pays, Tribus, Familles, Epouses, Epoux, Enfants, Héritage etc, enchainés de lourdes chaines en métal grossier aux cous, aux mains et aux pieds, vendus comme des bêtes aux colons à des prix très dérisoires et, est obligés de marcher vers une destination inconnue.

Imaginons un peu leurs pensées, leurs réflexions ! Quelles tragédies ?  Quelles sensations ? Quels vides ? Quels souvenirs ? Quelles frustrations ? Quelles séquelles ou traumatismes qu’ils n’emportaient pas avec eux ? Imaginons un instant ces mêmes esclaves maltraités dans les champs par ces oppresseurs puis les dimanches sont contraints d’aller à l’église pour écouter ces mêmes maitres cyniques en train de leur enseigner la parole de Dieu ? De surcroit, imaginons l’héritage légués par ces esclaves à ses descendants sur plusieurs générations ? Quels monstres ces traumatismes ne pouvaient pas reproduire ? Quelles douleurs psychiques, émotionnelles et physiques que ces séquelles ne peuvent pas engendrer. Ecoutons ce que dit Evelyne Bissone dans « Héritage invisible » en ces termes : « Les traumatismes vécus par nos ancêtres, dont nous héritons, et la loi du silence qui les entoure font le lit de cicatrices qui s’impriment dans nos corps et dans nos vies. Ils nous empêchent d’être tout à fait nous-mêmes, nous laissant un gout d’inachevé, s’incarnant dans un mal-être ou des maux physiques que l’on ne parvient pas à expliquer ni à soulager… ces cicatrices font de nous des êtres blessés à la personnalité incertaine, bringuebalante, cabossée, qui manque de racines, de solidités, comme une plante dans un pot qu’un coup de vent peut à tout moment renverser »[12]. Effectivement, ce que nous vivons de nos jours en Haïti n’est autre que le résultat des décennies d’esclavages encaissés par nos ancêtres que nous reproduisons.

La théologie contextuelle en lien avec la mémoire de l’esclavage.

La théologie contextuelle consiste à élaborer une réflexion théologique qui prend en compte le contexte social, culturel et historique spécifique d’un ou d’une communauté.  Elle s’inscrit dans un dialogue entre la foi et les réalités locales, cherchant à éviter le syncrétisme tout en rendant la théologie pertinente pour les expériences vécues. Dans le cadre de la mémoire de l’esclavage, elle s’intéresse à la manière dont les expériences de captivité, de déportation et de résistance influencent la compréhension de Dieu, de la justice et de la libération. Elle ne se limite pas à une lecture doctrinale abstraite, mais engage la mémoire collective et les pratiques culturelles comme sources théologiques[13].

Compatir à la souffrance des esclaves.

Il est important de proclamer l’évangile à toutes les nations mais cet évangile doit tenir compte du vécu de ces peuples ou nations. Cet évangile doit également apporter à ceux qui se l’approprient de la liberté intégrale et non une chaine d’esclavage cruel. Ce même évangile doit se souvenir aussi que même ce peuple ou nation considérer comme inferieur a aussi une histoire, une façon de vivre, des traditions et des coutumes. En d’autres termes un héritage propre à eux.  C’est pourquoi Douglas renchérit : « La vérité, y compris la vérité chrétienne, était considérée comme objective, universellement valide, applicable quelles que soient les circonstances. Or, même lorsque dans la théologie moderne une plus grande attention fut portée au sujet croyant, à son «vécu», la théologie a continué de se prétendre universelle, du fait que la condition humaine — interprétée à l’aide de la phénoménologie, l’existentialisme ou la psychologie — était perçue comme partout la même. Puisque cette condition humaine était universelle, la sagesse salvifique découlant de l’Évangile devait l’être tout autant »[14].

En constatant de plus près l’arrivée des colons sur la terre d’Haïti, ils n’évangélisaient pas ces habitants mais plutôt ils les a christianiser car l’évangélisation est le fait d’annoncer l’Évangile, c’est-à-dire la « Bonne Nouvelle » de Jésus-Christ, et donc de faire connaître la foi chrétienne en la résurrection, celle du Fils de Dieu puis des hommes. Douglas Hall insiste pour dire que les grands penseurs théologiens — Paul, Augustin, Luther, Kierkegaard et d’autres — se sont penchés sur l’Évangile à partir d’une perspective définie par les conditions d’existence dans lesquelles ils se trouvaient, et que leur théologie a pu offrir ainsi des réponses pertinentes aux questions qui se posaient à eux et à leurs contemporains. L’existence chrétienne est toujours enracinée, dit Hall, la foi est imbriquée dans la vie. Ainsi, la théologie, l’exploration intelligente de la foi, doit elle-même se mesurer aux conditions concrètes et historiques de la vie des gens[15].

La solidarité avec les victimes de l’esclavage.

La mémoire de l’esclavage exprime des héritages vécus, des identités et des demandes de reconnaissance. À la première difficulté, Hall répond que nous ne pouvons parvenir à une véritable compréhension de notre situation à moins de la placer dans un contexte plus large et de la relier à ce qui se passe au niveau global. Ainsi la théologie contextuelle tient compte de la situation du monde entier, mais elle la regarde dans une perspective bien spécifique. Comme la théologie contextuelle est theologia cruris, elle entraîne une solidarité avec les victimes de toutes sociétés et avec les voix prophétiques qui dénoncent le caractère équivoque de la culture dominante. La théologie contextuelle n’est donc pas paroissiale, mais rejoint l’universel d’une manière qui lui est propre. Encore une fois, il en va de même pour la théologie de la libération, avec cette différence que l’argumentation sociologique qu’elle propose est plus développée. La théologie de la libération exige que toute théologie, où qu’elle se développe, soit « englobante », c’est-à-dire basée sur la compréhension qu’une société a d’elle-même en relation avec la société globale. Certes, pour cela il faut analyser les rapports de pouvoir politique et économique, autant de domination que de dépendance, qui lient une société au monde qui l’entoure. Ainsi les théologiens de la libération latino-américains rappellent aux théologiens des États-Unis qu’ils ne peuvent parvenir à une compréhension valable d’eux-mêmes à moins de penser de façon englobante, c’est-à-dire de reconnaître leur relation de domination vis-à-vis des pays pauvres du Sud »[16].

Donc, travailler la mémoire de l’esclavage, c’est reconnaître les victimes, contextualiser les acteurs, et donner toute leur place aux sources. Cette approche construit un langage commun, tout en laissant place aux sensibilités parce que la mémoire de l’esclavage s’entend et se goûte.

Le rôle de la théologie contextuelle dans la mémoire esclavagiste.

La théologie contextuelle, comme son sens l’indique, devrait tenir compte de plusieurs aspects dans la mémoire de l’esclavage en Haïti afin d’apporter une solution durable à ce fléau qui nous rongent depuis des siècles pour qu’alors on entame effectivement le processus de guérison des traumatisés.

Admettre que nous sommes contaminés

Tout d’abord, pour que la théologie contextuelle apporte une aide concrète au mémoire esclavagiste de cette société, elle devrait tenir compte et reconnaitre que ce peuple jadis colonisé était victimes d’un système qui les traumatisait totalement en laissant de profondes cicatrices jamais traitées. Que l’expérience vécue par ces gens tout au long de la période esclavagiste est transmissible à toutes les générations qui s’en suive et que cette expérience devrait intégrer toutes les réflexions théologiques pour un traitement solide au lieu de l’aggraver comme l’a dit Edelyn Dorismond : Plutôt que de résoudre le problème qui nous empêche de vivre une vie digne en tant qu’êtres dotés de raison, il y a même un risque de l’aggraver dans une certaine mesure. C’est ainsi que, d’après Dorismond, toute solution véritable à notre expérience politique d’animalisation et de bestialisation nécessitera inévitablement une réforme des sciences sociales. Malheureusement, celles-ci peinent à se libérer de l’imaginaire colonial et eurocentrique qui caractérise les sciences sociales modernes[17]. En analysant de prêt un peuple passé sous l’égide de cette montre qui est l’esclavage, nous remarquerons la continuité de ce système dans les comportements dans leur descendance.

Faire la promotion pour  la justice et la réconciliation.

La théologie contextuelle devrait faire la promotion pour la justice et la réconciliation au moins nous pourrons vivre une transformation sociale tout au plus vivre dans la dignité humaine même si nous sommes des descendants d’esclaves. Pourquoi la justice ? La justice par ce que dans la colonie on nous a regardés comme bêtes. Pourquoi la réconciliation ? La réconciliation d’abord à soi puis entre nous parce que on dirait qu’il y ait des colons haïtiens qui nous divisent encore et encore comme disait Shelton Saintyl en citant Edelyn Dorismond dans le problème haïtien : « Dans la colonie de Saint-Domingue, les esclaves ont été considérés comme des biens meubles. Ils ont été objectivés. Il semble que les colons européens sont remplacés par des colons haïtiens.

Dans la mesure où deux cents ans après l’expérience esclavagiste, un ensemble d’individus ne sont jamais considérés par l’État ou par leurs compatriotes comme des gens qui ont une dignité et qui méritent d’être respectés pour reprendre une intuition du philosophe allemand Emmanuel Kant. L’État haïtien qui est né de la marge coloniale n’a eu pour matière de constitution que la violence. La dénégation des droits se déploie selon la logique de son espace d’inscription et d’évolution et la bestialisation des vies humaines, selon Dorismond. L’auteur de la «Variation sur la créolisation» constate que « depuis 1803 jusqu’à nos jours, tous ceux qui ont constitué l’ »élite » haïtienne ont toujours établi avec les anciens esclaves, les paysans, une relation de répulsion, de rejet et de manipulation.» L’auteur ne passe pas par quatre chemins. Selon lui, la révolution haïtienne de 1804 qui fait la fierté des Haïtiens habituellement n’a pas accouché grand-chose. L’imaginaire colonial continue de travailler la société haïtienne de part en part. On ne cesse de clamer haut et fort que nous avons fait 1804, alors que les colons sont toujours là »[18]. La théologie contextuelle doit être le canal ou le moteur qui œuvre dans l’éducation et la transmission des valeurs morales adéquates pour mieux construire des citoyens éclairés qui savent profiter de son héritage de l’esclavagiste pour mieux préparer l’avenir de notre société. Sans cette démarche et une conscience collective des valeurs morales, nous risquons de perpétuer le fonctionnement infernal des monstrueux colons dans notre pays, nos familles, foyers, nos églises et écoles et dans toutes les autres institutions.

 Bibliographie

  • GIRONDIN Jean-Claude, Nouveaux regards sur l’esclavage, Empreinte temps présent, France, 2015
  • FIRMIN Anténor, de l’égalité des races humaines, page.
  • AUGUSTIN Jean Ronald, Mémoire de l’esclavage en Haïti. Entrecroisement des mémoires et enjeux de la patrimonialisation. Québec, Canada, 2016.
  • MESSINA Jean-Paul, Culture, christianisme et quête d’une identité Africaine, l’Harmattan, rue de l’Ecole-Polytechnique, Paris, 2007.
  • JEAN Kouadio, Foi et libération dans les œuvres de Jean-Marc Ela, perspective christologique, l’Harmattan, rue de l’Ecole-Polytechnique, Paris, 2017.
  • BENOIT, Awazi Mbambi Kungua, Le Dieu Crucifié en Afrique, esquisse d’une christologie Négro-africaine d’une libération holistique, l’Harmattan, rue de l’Ecole-polytechnique, Paris, 2008.

[1] Andrea Nicholson, Minh Dang et Zoe Trodd, « A Full Freedom: Contemporary Survivors’ Definitions of Slavery », Human Rights Law Review, vol. 18, no 4,‎ 14 Décembre 2018, p. 689–704

[2] Evelyne Bissone, Heritage invisible, Larousse, 2021 page 6.

 [3] Fritzner Etienne, Histoire d’Haïti : Périodes Précolombienne et Coloniale, page 1

Cette périodisation correspond essentiellement à l’histoire de la partie occidentale de l’île, c’est-à-dire l’actuelle République d’Haïti.

[4]Anselm Jappe, la société autophage, capitalisme démesuré et autodestruction, la découverte, page 43.

[5] Antenor FIRMIN, De l’égalité des races humaines, Paris : Librairie cotillon, F. Pighon, successeur, imprimeur-éditeur, Libraire du Conseil d’État et de la Société de Législation comparée, 1885, 666 pp. Nouvelle édition augmentée. Première édition, 1998, page 181.

[6] Douglas HALL, théologie contextuelle, Université Laval, 1990, page 150.

[7] Jean Paul Messina Culture, christianisme et quête d’une identité Africaine, l’Harmattan, rue de l’Ecole-Polytechnique, Paris, 2007, pages 9.

[8] Fritzner Etienne, Histoire d’Haïti : Périodes Précolombienne et Coloniale page 1

[9] Jean Paul Messina Culture, christianisme et quête d’une identité Africaine, l’Harmattan, rue de l’Ecole-Polytechnique, Paris, 2007. 54 p.

[10] Dr. Élie Lescot Jr., Haïti : Images d’une colonisation (1492-1804), Orphie, 2004, 188 p.

[11] Le vaudou haïtien (en français : [vodu], aussi écrit vodou) est une forme de syncrétisme religieux basé sur le vaudou ouest-africain, pratiqué principalement en Haïti et par la diaspora haïtienne. Les pratiquants sont appelés vaudouisants (les adeptes sont appelés vodounsi au Bénin) ou serviteurs des esprits (sèvitè en créole haïtien).

[12] Evelyne Bissone, Héritage invisible, Larousse, 2021, page 19.

[13]https://www.bing.com/search?q=theologie+contextuelle+en+lien+avec+la+memoire+de+l%27esclavage

[14] Douglas HALL, théologie contextuelle, Université Laval, 1990, page 150

[15] Douglas HALL, théologie contextuelle, Université Laval, 1990, page 151.

[16] Douglas HALL, théologie contextuelle, Université Laval, 1990, page 152.

[17] Edelyn Dorismond, Le problème haïtien, Éditions Étoile Polaire, 2020

[18] Edelyn Dorismond, Le problème haïtien, Éditions Étoile Polaire, 2020

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