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UDR – Université de la Deuxième République

SYNODE 2026 : Réconcilier, c’est naître à soi-même

« Jean 17 : 21 Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »

En réalité, la préparation de ce sermon est le résultat d’une situation grave que notre nation traverse. La responsabilité de l’Église est de répondre, de montrer la voie et de susciter de l’espoir face à la crise que notre nation traverse. Si la rédaction des sermons n’est pas une pratique courante dans nos églises, le contexte le demande. Le pasteur qui doit prendre la parole en ce moment et annoncer une parole à une société en détresse doit laisser un héritage à une génération future.

C’est pour cette raison que nous traitons du sujet de la réconciliation, un concept en plein essor en ce moment. Ce sujet est largement discuté dans de nombreuses conférences et prédications. Dieu veut certainement nous parler là-dessus. Il y a longtemps que nous écoutons des sermons qui traitent le concept « réconciliation ». Pendant un certain temps, nous avons chanté ce thème, nous l’avons prié, et Jésus l’a bien affirmé : « Afin que tous soient uns, comme toi, père … »

Qu’est-ce qui fait que ce message a encore quelque chose à nous dire ? Est-ce que Dieu désire toujours nous parler à travers cette thématique ? Cette parole demeure pour nous une parole qui se situe dans deux interrogations : Comment doit-on se comporter face à ce que nous vivons dans le pays ? La réalité est telle qu’elle se présente, paraît une mort. Que fait-on en face d’une mort ? Soit, on la laisse comme mort, soit on l’affronte.

« Que tous soient uns », est une parole qui traverse les âges, les horizons. Elle résonne au cœur de nos réalités quotidiennes, au cœur de nos problèmes, au cœur de notre crise. La réconciliation consiste à « être unis comme notre père, afin que tous soient unis comme Jésus l’est avec son père ». Cette prédication sur la réconciliation est pertinente dans la mesure où elle permet de répondre à nos deux interrogations. Elle met en avant l’importance de mettre dehors un dieu étranger et qui ne souci pas de nos problèmes. Ce dieu étranger, impuissant, toxique est avant tout en nous et c’est nous qui l’avons créé. Il faut s’occuper de lui. Il faut mettre ce dieu Ko et passer à un Dieu vivant. Car le contexte évoque beaucoup sur ce qui se déroule en interne, à l’intérieur de nous. Cela signifie simplement que le contexte affirme qu’il n’y a pas de paix ni d’harmonie à l’intérieur de nous. Ce que nous vivons actuellement en dit long sur notre véritable nature en tant que peuple de Dieu. Ce discours prédicatif nous apprend à la réconciliation comme étant :

  • Une manière à l’Eglise de naître à elle-même.
  • Une autre manière d’être reconcilié, c’est faire corps ensemble et affronter notre mort.
  • Enfin, réconcilier, c’est naître à soi-même à travers un discours divin libérateur.
  • Réconcilier, est une manière à l’Église de naître à elle-même

Avec les années d’implantation de l’Église en Haïti, notamment grâce à nos missions, nous pouvons nous enorgueillir. Nos écoles fournissent un grand nombre de services à la société haïtienne. Nous avons des hôpitaux et des universités protestantes. Cela dit, est-ce que tout cela justifie une vie de frères et sœurs ? Est-ce une forme de réconciliation ? Il y a un malentendu. Cela peut être expliqué par un discours d’un protestantisme haïtien qui se voit grand et peut s’en vanter sur le plan éducatif, en étant en tête. En construisant des hôpitaux, le protestantisme joue un rôle essentiel dans la santé.

Cet historique se situe dans le contexte du dernier discours sur le protestantisme. Pourtant, il y a quelque chose qui doit nous interpeller et nous inquiéter : c’est la crise. Qu’est-ce que cette crise nous dit ? Il est également important de remarquer que, à côté de ce que nous avons bâti, nos écoles, nos églises, l’ambiance est pesante et les conflits sont de taille. Ce que furent les cultes autrefois dans nos églises. Il est difficile de tenir ce discours, tant l’atmosphère est chargée de conflits, de gangs, d’atrocité et d’animosité. Chers frères et sœurs, il règne une atmosphère cruelle, malsaine, chargée de sang, une atmosphère empreinte de ruse et d’atrocité, une atmosphère pesante. Il est hors de question de continuer à prêcher comme avant. Nous ne pouvons plus continuer à chanter comme avant. L’atmosphère à une odeur de mort.

L’objectif de cette partie de la prédication est de comprendre comment la situation était perçue en lien avec nos réalisations, notre style de vie et nos enseignements religieux. Il nous est impossible de nous adapter à cette situation où le peuple est en danger. En fait, notre société est plongée dans l’obscurité. En raison des défis quotidiens et du brouhaha, il nous est impossible de rester silencieux, de prêcher la parole comme avant. « Notre silence fera de Dieu un menteur. Notre silence fera de notre grand Dieu un incapable, un Dieu qui ne répond plus aux prières de ses enfants ». Il faut naître à soi-même. Il nous faut une nouvelle naissance. Mais comment ? Accepter de naître une seconde fois, de mourir pour renaitre, pour quelque chose, c’est comme donner naissance à soi-même. Trouver le chemin du sens.

C’est le mystère d’une naissance. Si on doit reprendre la phrase de Vaclav Havel, qui nous apprend que « Avoir la conviction que les choses vont bien tourner, c’est la certitude qu’il y a du sens, quelle que soit la manière dont les choses tourneront ». Il faut donner du sens dans la marche de cette naissance ou de cette nouvelle Haïti. Comment ? Car nous sommes en face de notre mort. Elle rode autour de nous.

La crise que nous sommes en train de vivre peut-être considérée comme une mort. C’est la mort d’un espoir, d’un projet. Il peut être une mort de moi-même qui suis porté par cet espoir, ce projet. Ce projet semble être une mort pour certains jeunes qui rêvent tant d’une nouvelle Haïti. Autrefois, il était un projet, mais maintenant, ce projet est une mort. Eux qui étaient portés par une espérance que quelque chose allait changer. Mourir dans ce sens-là, dans l’expérience de l’impasse est déstabilisant. Cette mort est source d’inquiétude et d’angoisse. Qu’est-ce qui nous arrive en face de cette mort ? On n’est plus maître de notre avenir. On n’agit pas, on est agi. La passivité s’installe, et ce sont les événements qui prennent le dessus sur nous. Je m’accroche à mon rêve, à mon projet.

À côté de moi, il y a un abîme, également en moi, qui me donne des vertiges et me paralyse. A côté de moi, il y a tout ! La seule chose qui n’est pas, c’est une Haïti nouvelle où règne la paix et l’espoir. C’est ce projet que nous chérissons. C’est ce projet alors, ce rêve qui est happé, emporté par la mort. Reprenons le concept de la mort, l’expérience de la mort dont nous avons parlée. Car au soir de la vie, je suis confronté à elle. On a cette échéance de la mort car elle est devant moi, même si je n’en connais pas l’heure. Celle-ci est certaine ! Cette mort est aussi celle de ma mort, car elle a moi, en moi. Ultime expérience d’impasse, d’abîme, de décomposition de moi, du moi. Expérience aussi car dans l’impasse et face à la mort, l’Eglise devrait faire corps, front commun afin d’affronter cette mort. C’est en affrontant notre mort que nous mettons cette mort en déroute, nous la mettons KO. Une Eglises divisée, scindée ne peut pas faire face à cette mort, nous devons renaître. Cette renaissance est dans une réconciliation de soi, à l’autre. Elle réside dans un pardon à soi et à l’autre. C’est une façon de naître à soi-même et c’est la seule façon de faire face à cette mort. Une question fondamentale ! Comment naître à soi-même ?

Cette mort qui est là, en face de nous, près de nous, cette Haïti est en décomposition, qui devient une pourriture. Nous n’avons pas besoin de craindre cette mort au contraire elle est là pour l’affronter. C’est en affrontant la mort, cette mort, que Christ va provoquer la vie en abondance. Jésus est notre exemple, « Il affronte la mort en vue de donner la vie ». Il s’expose face à cette mort, je veux dire, il est conscient qu’il va affronter cette mort. Il est également conscient que dans cette pourriture, dans cette mort, à travers elle autour d’elle, la vie jaillira. Comme disciples de Jésus, nous dirons une fois comme Lui « O mort où est ta victoire, O mort où est ton aiguillons » « la mort est vaincue ». Une fois, la mort est affrontée, une nouvelle vie s’émerge. L’espérance tant recherchée et espérée sortira de la terre et portera des fruits et nous pourrons ensemble le déguster et donner à nos enfants. La grande question, comment naître à soi-même ? L’Eglise peut naitre en faisant front commun, en faisant un corps face à cette mort.

  • Réconciliation, c’est fait corps ensemble, une autre manière de naître à soi-même et une manière d’affronter notre mort.

Nous voulons parler de réconciliation dans le sens de dire oui à l’autre ou à un Autre. « Faire corps ensemble, faire route ensemble ». Voulons-nous faire corps ensemble ? Poser la question, c’est y répondre bien. L’Eglise protestante haïtienne, c’est une multitude de dominations, on ne peut pas les compter. Faire corps ensemble c’est d’accepter qu’on laisse de côté notre tendance doctrinale par le simple fait qu’on soit frère et sœur. Chaque dénomination, chaque mission doit jouer le rôle de miroir l’une pour l’autre. Chacun pourrait aider l’autre à corriger leur cahier devant Dieu. Au lieu que chaque dénomination reste dans leur petit monde à elle et pense satisfaire Dieu dans la différence. C’est-à-dire, où chacune est habitée par un désir de devancer l’autre, chacune est habitée par un désir de faire plus que l’autre, d’être la plus grande dénomination. Nous devons plutôt habiter par le désir de plaire à Dieu.

Quel est la meilleure façon de plaire à Dieu ? car Dieu ne se laisse pas facilement convaincre par la qualité de nos offrandes. Dieu n’a aucune préférence entre ceci ou cela. Dans cette situation où nous nous trouvons, nous refusons tout rapprochement, nous refusons d’être le miroir l’un pour l’autre. Dans ce cas-là, il semblerait que nous ne comprenions pas encore la situation dans laquelle on en est. Et quels sont les enjeux ? Nous devons travailler comme des frères. Et être frère, c’est être capable de fêter notre anniversaire ensemble. Être frère, c’est être capable de veiller l’un sur l’autre, être frère, c’est être capable de dialoguer ensemble. L’adhésion à un texte doctrinal ne peut être en aucun cas substituer l’obéissance à Christ. Refuser au nom de notre doctrine de dialoguer, de discuter et même de remettre en question ce que l’on croit, fait de nous, non des frères mais des ennemis en Christ. Nous voyons disparaitre notre nation par refus de faire corps. Quelle absurdité ? Nous avons chez nous un chaos, nous refusons cependant le faire disparaître ensemble.

Nos formulations doctrinales sont efficaces si elles parviennent à établir une relation de frère dans notre Église, sinon elles sont une perversion pour la foi chrétienne. Tant que notre formulation doctrinale est capable de transformer notre nation, sa qualité est efficace. Tant qu’elle parvient à instaurer une nouvelle conscience sociale de qui nous sommes réellement en tant que chrétien et en tant qu’Haïtien, elle l’est. À mesure que notre perception de nous-mêmes devient plus vivante, nous nous ouvrons à une autre vision de Dieu plus vivante. Cher frère et sœur, il n’y a rien de plus vivant, et l’accès le plus au Divin est une connaissance de qui vous êtes. Qui êtes-vous, l’église de Jésus ? Quelle est notre mission en ce temps difficile ?

Refuser de valoriser Dieu au nom de nos doctrines, c’est répéter comme Jésus l’a fait aux pharisiens « tonbo blanchi ».  La quête de Dieu est indissociable d’une connaissance de qui nous sommes ? Clément Alexandrie nous disait que « la plus grande de toute la connaissance est la connaissance de soi ; car celui qui se connait lui-même connaitra Dieu et, ayant cette connaissance, sera rendu semblable à Dieu » Qui est vous l’Eglise protestante haïtienne ? Quelle est votre mission ? Ce sont des questions auxquelles qu’il faudrait répondre. Car nos oppositions confessionnelles ne nous aideraient pas à y répondre. Elles créent des distances pas de relation.

Par notre différence, nous créons un dieu méchant. C’est un dieu qui nous semble écrasé autant que nous nous sentons écrasés par notre situation actuelle. Nous créons un dieu pervers, qui naît de l’impossibilité ou le refus de se mettre ensemble et de se fier à l’autre. Au lieu de la confiance, nous nous imprimons en nous de la méfiance et de la trahison. L’autre fait semblant d’être bon pour mieux avoir l’autre. En ce sens, Maurce Belle a raison de dire que « le dieu pervers n’est pas un accident car c’est nous qui l’avons créé ». Dieu Amour devient sadique, perversion. Nous créons un dieu absurde, un dieu indifférent. C’est un dieu qui nous laisse à notre sort, dans le cas, ou on peut plus compter sur personne et Dieu lui-même n’est pas intervenu « où étais-tus quand cette horreur m’est arrivée » ? Jésus a crié sur la croix « Pourquoi m’as-tu abonné ? et en écho avec David, « le jour j’appelle et tu ne réponds pas, ; la nuit et je ne trouve pas le repos ».

Un dieu qui manifeste un sentiment glaçant de sa parfaite indifférence. Nous créons un dieu impuissant, en cela, est-ce si surprenant, quand nous comptons sur nos parents pour nous défendre, eux que nous pensions être tout puissant mais qui se sont montrés impuissant à nous défendre. Ainsi, La puissance de Dieu dans notre situation actuelle, nous semble bien faible. Pour beaucoup, mieux vaut pas de Dieu qu’un Dieu incapable d’empêcher le malheur et la souffrance. C’est pourquoi nos jeunes quittent l’Eglise ou cette Eglise, ou ont commencé à quitter l’Eglise car avec un désespoir durable à la clé, ils se contentent d’aller expérimenter ailleurs et ont même commencé à prendre des formations sur le Vodou. Ainsi, le dieu impuissant, c’est celui auquel on n’est plus content tant qu’il est inconsistant et ne tient plus parole.

En préparant cette prédication, je sens du nouveau, une Source, oui, elle est quelque part. Beaucoup de personne parle d’une nouvelle Haïti, mais pas « de nouvelle Haïti sans une nouvelle Eglise ». Cette Source est comme une empreinte, une voix, une lumière, yon kout kleron, cela résonne en chacun de nous, de nous qui entendrions quelqu’un (un Moïse) ou quelque chose. Et Dieu serait celui qui amène cette Source, qui souffle qui amène le vent, donc du nouveau (Exode 3). Si pour certains biblistes, ils disent que l’histoire d’Israël n’a pas pour point de départ la Genèse mais l’Exode. Tout a commencé avec une voix, un souffle qui invite un peuple à partir. A partir en quête d’autre chose, de sa liberté, de sa joie, d’un pays où coulerait le lait et le miel. Un inconnu dont nous avons l’intuition que « je ferai voire » avait entendu Abraham. Nous sentons tous une nouvelle odeur d’espérance qui vient de loin. Car nos prières du matin, nos marches pour la paix, notre crie de peuple de Dieu arrive à terme et sonne très fort devant Dieu. Dans notre souffrance, nous sommes en quête et l’origine de la quette est souvent une expérience douloureuse.

  • Réconcilier, c’est naître à soi-même par une parole d’un Dieu libérateur

Notre église est en train de souffrir de ses propres images qu’il faut d’elle-même et de Dieu. Et elle doit réconcilier à l’image qu’elle fait d’elle-même et de Dieu. Renaitre à soi-même. En revanche, une personne qui est sincère, honnête accepte de laisser, dans sa manière de penser, un minimum d’espace pour la recherche d’un Autre qui est incapable de l’aider. « Je ne parle pas d’autres Dieu, je parle de l’image qu’on fait de Dieu ». Il faut rejeter une représentation qu’on fait de nous et de Dieu. Nos idées tournent en boucle, nous perdons sur le chemin. Il est important de se chercher soi-même, en vous posant la question qui suis-je ? en essayant de vous libérer des fausses images de vous, vous essayez de vous libérer des fausses images faites sur Dieu. « Les images qu’on a de Dieu est en quelque sorte liée à notre histoire ».

Se libérer d’un dieu impuissant et méchant. On a comme le sentiment que le sort s’acharne sur nous et nos enfants. On vit une période noire qui dure très longtemps, des années et même des décennies. Nous avons le sentiment d’un dieu qui nous persécute. Nous sommes dans une situation où on se demande, est-ce que nous avons péché, nous cherchons une explication plausible à nos problèmes, il faut se libérer du dieu pervers. Il est le fruit des trahisons de confiance à répétition, d’un discours ecclésial traditionnel encore prégnant dans certains milieux. C’est un dieu soi-disant aimant mais donc il faut se méfier car il nous attend au tournant et responsable de beaucoup de relations tendues entre frères et sœurs, entre les fidèles et les pasteurs, entre les pasteurs et les missions, relations tendues entre les chefs de missions et les boards etc. Notre situation est chaotique car notre relation l’est tout d’abord. Au lieu de bénir nos frères et sœurs, nous les maudissons. Nous nourrissons que de la haine. Ça, ce n’est pas dieu. Il est faux. Notre Dieu est un Dieu d’Amour. Ce dieu-là est très dangereux.

Ce dieu-là détruit la confiance de nos jeunes, de nos enfants. Il détruit en même temps leur foi. Car confiance et foi ont le même racine grec « pistis ». C’est donc un dieu imaginaire, il se construit chez nous sur la base des événements incompréhensibles de la vie, dès l’enfance mais aussi des comportements et messages contradictoires des adultes. Soit aucune parole crédible n’est jamais dite sur notre cas en Haïti, aucune parole crédible n’est jamais posée sur notre situation. Alors, nos jeunes et nos enfants continuent à chanter la loyauté de ce dieu-là. Combien l’absence de cohérence peut endommager la vie relationnelle et donc la quête du Divin chez nos jeunes.  Quand l’Église est divisée, quand nos chefs de missions sont en contradictoires avec le message, que ses paroles vont à l’encontre de ces actes, l’enfant a pour vis-à-vis un demi-personne ou un quart de personne et qu’il laisse ou se comporte à désirer et difficile à l’enfant d’accéder à son identité. Le dieu absurde s’évanouit à mesure que grandit la sécurité relationnelle.

Dans ce cas, le moyen le plus sûr de venir à bout du dieu indifférent, absurde et impuissant, pervers et méchant, c’est sans doute de faire « l’expérience de la nouvelle naissance », de naître à nous-même et à travers d’une parole libératrice. A mesure qu’une personne recommence à croire « au lien », c’est-à-dire à la non-indifférence, à l’unité, à la possibilité de se rapprocher l’un de l’autre, au dialogue, elle est en train de naître à elle-même. Voici le miracle, « DIALOGUE ». A mesure que la parole commence à façonner notre vie. Elle est en train. Il faut se libérer des dieux toxiques et commencer à faire l’expérience du Dieu Vivant. Pour cela, il faut renaitre, réconcilier avec soi-même et naître à nouveau. Il faut bien un couteau, comme Abraham lors de son sacrifice à Morijàh, mais cette fois-ci avec un couteau ou une épée dira Jésus, mais pas pour tuer mais couper les liens stériles avec ce dont on est dépendant, qui nous coupe à la vie, au point qu’on est plus capable d’avancer vers la Source. Cette Source, elle tient à une parole libératrice, « yon tet ansanb, yon depasman, yon volonté swa pou n mouri ansan oubyen pou n grandi ansanm ».

Il y a ce lien mortifère entre Abraham et Isaac. Il faut dire que selon la tradition juive Isaac était adolescent quand son père a failli l’égorger. Dans la traduction de Chouraqui, le fait d’avoir l’intention même d’égorger l’enfant ; il y a de quoi garder une image épouvantable du Divin. Dans ce cas, Isaac n’oubliera jamais les scènes traumatisantes qui ont violé sa jeunesse.  Il se souviendra toujours de l’holocauste et il en sera marqué à jamais. Si notre génération ne vient pas à bout de ce dieu-là, dans deux décennies, notre jeunesse sera marquée par les traumatismes d’aujourd’hui. D’un dieu incapable, pervers et impuissant.

Dans l’histoire de Jacob, il y a le profil d’un Dieu libérateur. Ainsi quand Rebecca et Jacob profitent de la cécité de pour le tromper, l’empêchant de bénir son fils ainé Esaü selon l’usage. A aucun moment, le père ne se laisse éclater de sa colère. C’est une force de vie qui lui permettrait d’expulser les idoles et d’aller vers le vivant « le Dieu libérateur ».

Il y a deux cadres figures : il y a Esaü qui reste toujours en colère et qui en veut toujours à son frère Jacob. Et il y a Jacob, qui dans un premier temps, habité par les terreux d’une image d’un dieu vengeur, c’est comme il gardait en vue la tromperie qui lui a permis de prendre la bénédiction. Il garde dans son cœur, cette mémoire d’un dieu vengeur et qui ne pardonne pas. Ainsi en lui laissant habiter par cette terreur non surmontée de son père, il partira en exil et s’y laissera manipuler pendant vingt ans. C’est le constat d’un dieu vengeur qui nous teresse pas un Dieu d’Amour. « Nous nous laissons habiter par ce dieu-là ».

Notre Église est comme Jacob chez Laban : nous nous laissons manipuler par un dieu étranger à nous, manipulé par un dieu inconnu. Nous devons faire front commun afin de repenser l’image de ce Dieu. Car depuis des décennies, nous tournons en boucle avec l’image d’un dieu : impuissant, incapable, toxique, aigri et maigri. Ce dieu ne croit pas au dialogue. Ce dieu ne croit pas en la possibilité de vivre ensemble. Ce dieu ne croit pas en la possibilité du pardon. Ce dieu est méfiant envers la science. Il s’agit d’un dieu corrompu et lapidaire qui nous observe en difficulté et qui se moque de nous. Ce dieu-là, c’est nous qui l’avons créé. Nous l’avons créé à travers nos enseignements théologiques, à travers nos institutions protestantes et il n’est pas différent de l’autre, ce dieu païen car il nous voit souffrir et il ne peut pas venir nous délivrer. Mettons ce dieu de côté et renaissons. Chère Église, repoussons ce dieu loin de nous et renouvelons-nous-en un Dieu d’Amour, de dialogue, d’harmonie, de foi et d’Espérance. C’est ainsi que doit être ce Dieu que nous devons léguer à nos enfants.

Pour finir, un jour, Jacob écoute son désir, d’aller chez lui dans son pays. Au cours d’un rêve, il entend alors la voix divine. Tout Autre que celle d’un dieu impuissant, toxique, incapable. Il écoute son désir d’aller vers lui-même, dans son lieu où il a pris naissance, chez lui. C’est ainsi Jacob commence à bien regarder, il prend conscience de la manipulation de son oncle, du dieu de son oncle et beau-père. « Voyant tout ce que Laban lui a fait ». J’en déduis que voir la réalité en face, c’est d’accepter d’affronter notre mort et voir la vie en face, « c’est-à-dire, le Dieu vivant », le Dieu libérateur. Ainsi, la veuille d’affronter Esaü, d’affronter sa mort à son retour dans le pays, il invoque enfin le vivant « Dieu de mon père d’Abraham, Dieu de mon père Isaac, Toi qui m’as dit Eternel de retourner dans mon pays y compris ma famille et je te ferai du bien ».

Jacob a mis Vingt ans à se libérer de l’emprise d’un dieu imaginaire, qui était hostile à sa vie et à sa joie de vivre. Je ne me demande combien de personnes, aujourd’hui encore, se trouvent parasitées par les représentations mortifères du divin hérité de la société, de nos parents, de nos ancêtres, de nos enseignements de l’école dominicale. « Disons, peut-être, notre Église » !!! Alors quand quelqu’un prend sa distance avec ce type de dieu et se rapproche vers le Dieu vivant, il entreprend un travail d’aller à la Source. Aller à la Source, c’est admettre de se débarrasser d’un dieu hérité, incapable de nous permettre de vivre la foi sur une même table. Il est incapable de nous permettre de faire face à notre mort. Puissions-nous tous être en mesure de retourner à la Source et de vivre cette réconciliation. Vivre cette réconciliation, c’est également vivre cette naissance nouvelle. Amen !

Commission Théologique de la Fédération Protestante d’Haïti. Deuxième prédication, février 2025.

Texte rédigé en vue de notre 1er Grand Synode de l’Eglise protestante haïtienne.

 

 

 

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