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La marche du 9 juillet, “souf pou Ayiti” relance le débat théologique.

La marche “souf pou Ayiti” exprime un profond désir de liberté, de justice pour Haïti. C’est également un profond désir d’unification du peuple protestant qui allait s’exprimer par un compromis entre les chefs des églises évangéliques protestantes haïtiennes. L’objectif est clair.

La marche “souf pou Ayiti” exprime un profond désir de liberté, de justice pour Haïti. C’est également un profond désir d’unification du peuple protestant qui allait s’exprimer par un compromis entre les chefs des églises évangéliques protestantes haïtiennes. L’objectif est clair. Il est, certes, d’abord un sentiment de révolte, d’injustice et par la même un peuple qui souffre. Il y a, d’un même coup, dans cette marche, une possibilité de soulever une conscience religieuse autour de la crise sociétale que connait Haïti. Rév Grégory Toussaint n’est certes pas le seul responsable, Dr. Wilner Cayo du Canada en est lui aussi l’initiateur. Les initiateurs questionnent en quelque sens le chaos qui ébranle notre monde haïtien. Peut-être, ferions-nous bien de nous interroger sur la théologie ? Pour ce faire, on voit dans cette marche un commencement, un renouveau théologique. Mais avant de tirer toute conclusion hâtive, il serait bien de savoir quelle trajectoire prendrait, dans le temps, ce mouvement religieux ? C’est là, la question de tout homme lucide, en attente d’une espérance pour ce peuple et qui ne se lâche que dans un a priori. Parlant de théologie, il y a une mise en garde et c’est exactement l’objectif de cet article. Si elle est bien une perspective pleine de promesse car portée par un sens et par la conscience d’un accomplissement à trouver pour chacun-e pris-e individuellement, montre qu’il y a encore du chemin à parcourir. Le chemin, il ne faut pas le cacher, doit être exigeant, fait de critique, de sens et de rationalité. Le chemin dont il s’agit ne peut pas être mené dans l’indifférence totale d’une vraie réflexion théologique. Il ne doit pas être mené par des slogans sans fondement, ni par la répétition des choses, mais dans l’esprit d’une visée bien précis. Que résulte-t-il de là pour nous (Haïtiens) ? C’est une question simple. Simple ne signifie pas non-exigeant. Elle est à la fois simple et exigeante parce qu’elle doit être compréhensible, c’est-à-dire, un mouvement où son sens doit être compris, saisit par la raison ou la raison théologique. Sans exigence, il n’y a pas d’avenir. L’exigence est aussi faite de méthode et d’idéologie pour conduire tout mouvement vers une fin libératrice.

9 juillet 2023, est une tentative qui doit partir d’une postulation théorique. Elle est une forme de contrat et une tentative de vivre ensemble. Tout cela n’est possible que s’il y a une mise en place d’une action théologique. Le problème préalable porte sur une question fondamentale, que résulte-t-il de là pour nous (Haïtiens) ? Je prends cette question au sens premier, d’obstacle. Car elle renvoie bien à une difficulté, mais une difficulté à ressourdre. Pour cela, il faut la nommer. C’est le fait de ne pas nommer, d’étouffer même parfois le sens caché des choses. Caché, dans le sens de ne pas prendre l’objet dans son entièreté, le saisit dans sa totalité. Je la nomme, problème, difficulté, qui en fait un mûr, une montagne, un fossé, en tout cas, une frontière infranchissable. C’est l’importance d’un regard fait de critique et du sens, requérant rigueur et exigence pour éviter d’errer.

D’emblée, le problème qui revient à nommer, encore et toujours, de droit du moins largement est l’héritage d’une théologie post coloniale encore entravée dans une mémoire non racontée et non travaillée. Il y a un héritage de deux mondes.

Deux mondes qui s’instituent au sein du protestantisme haïtien qui peinent à s’articuler de manière à faire venir du commun, de la communauté (la communauté ce qui lie un besoin partagé et commun, se raconter, le collectif au dépend de l’individuel). Ils instituent un ordre de tension au sein du protestantisme. Un monde composé des missions, des grandes missions et qui essaient de conserver une théologie racisme, impérialiste venu de l’étranger et qui n’a pas été retravaillé jusqu’à lors. Il n’y a pas de remise en question de cette théologie.  Et un autre monde, où il y a des missions indépendante, fondées par des nationaux, qui pratiquent une théologie évangélique, qui ne tiennent pas compte de l’être haïtien. Disons les deux. La question revient à chaque fois, que résulte-t-il de là pour nous ? Faire venir du commun, du moins, travailler une communauté protestante, d’où est l’idée de l’unité protestante. Parce que, la notion de la communauté nous renvoie à la notion de mémoire. D’abord de quoi s’agit-il quand nous parlons de la mémoire ? La mémoire tient lieu comme expérience humaine. Il faut avoir accès à un passé, c’est une modalité anthropologique essentielle qui fixe l’homme à la durée. Il n’y a pas de construction de société sans mémoire. La communauté imaginée devient caduque puisque l’imaginaire social n’a pas été structuré par cette théologie. Ce qui, en effet, explique le difficile avènement d’une communauté, c’est la pertinence de la notion de mémoire.

C’est-à-dire, à entendre le discours de l’initiateur principale, le Rév Gregory Toussaint, où la mention de l’unité protestante fait écho à chaque fois. C’est ce type de discours répété si souvent et à chaque fois et devient une forme de répétition mais reste bloquée. Car l’homme haïtien est bloqué de deux côtés : l’un est le travail de mémoire, par-là, rendant l’avènement d’une communauté difficile et de l’autre, un travail de théologie contextuelle élaborée dans l’objectif de de/construire une théologie enseignée jadis et qui bloque tout avènement possible de l’être haïtien.

Je veux dire que tout mouvement évangélique chrétien (haïtien) doit définir son repère théologique. Il y a donc l’urgence de définir notre théologie. Qu’est-ce que nous voulons dire par théologie, en précisant qu’elle doit être contextuelle ? Elle s’inscrit dans la voie d’une réflexion (théologique) qui a le courage d’assumer pleinement le problème de l’homme haïtien. Une théologie contextuelle est sommée de mimer à tout prix le modèle des sciences humaines et sociales et répondre à des questions qui sont censés d’ordre humain. En un mot, c’est une théologie universitaire. Et la théologie universitaire lorsqu’elle veut prendre du champ, lorsqu’elle est invitée à se prononcer en tant qu’expert sur un sujet tel que celui de la vie de la cité, sa fonction principale est de répandre l’esprit critique et de fonder une période ou la critique est la principale arme de guerre contre l’obscurantisme. Par-là, la théologie doit rentrer en dialogue avec l’histoire, la sociologie, la psychologie, la psychothérapeutique. Par ce dialogue, une théologie contextuelle se radicalise par rapport un passé, construit contre nous, sur la base de la violence et apte à nous aider à travailler sur une possible construction de l’homme haïtien. C’est une théologie qui vise à changer la structure même de la mentalité du peuple haïtien, tout en lui insufflant une nouvelle construction d’un être capable d’advenu, qui tend vers l’avenir. Cette théologie contextuelle inaugure une critique des grandes cosmologies d’une théologie traditionnelle, elle critiquera une théologie héritée de l’esclavage qui persiste encore et nous coupe de la vie. Elle destitue ce cosmos et critique la façon dont le christianisme nous a été apporté à nos grands-parents et la construction des missions, la naissance de nos séminaire théologique et critique également le système pour le remplacer par des débats novateurs.

Quelle projection faisons-nous de Dieu et quelle en est la base de cette foi chrétienne ? Analysons le transfert (la communication du message de génération en génération) le transfert qui nous a été fait dans l’enseignement reçu. Il s’agit d’un enseignement d’une foi chrétienne qui part d’un sens théologique pour s’orienter vers une anthropologie particulière et qui constitue un danger pour notre foi. Nous avons reçu l’image d’un Dieu absolument extérieur à l’ordre humain et non pas la figure d’un Dieu pensé et produit, fabriqué par l’homme haïtien à partir de l’image que cet être haïtien a de lui. C’est l’aliénation théologique, car Dieu n’est pas utilisé pour ce qu’il est réellement mais au service d’une image d’un Dieu travaillée par les autres. Ce cosmos nous conduit tout droit dans une théologie anthropologique qui n’accorde aucune place à la connaissance du Christ (Henri-Claude Télusma, sa thèse en Théologie, Université de Strasbourg).

Sur la définition d’une théologie contextuelle, dès lors, il faut voir Jules Casséus. L’ass. Penser la Théologie reprend la pensée de Casséus. Le dernier texte est ainsi publié : “Silence de Dieu et Crise de la foi”, il nous présente un projet théologie. Je vais directement me bondir dans cette œuvre que je pense si précieux. Il montre que tout discours sur l’unification, le vivre ensemble ou du mois de communauté dans le sens du discours du Rév Grégory Toussaint restera encore coincé. Si toute théologie chrétienne pour être utile, doit être une théologie de libération. Peut-on parler de libération pour une théologie enseignée par des étrangers ? C’est le théologien américain, Jame Cone  qui dans les années 50 à travailler une théologie pouvant aider les noirs américains à s’exprimer librement contre le racisme et l’injustice des blancs. C’est un modèle à suivre. Entre 1950, 60, 70, cette théologique soulève le problème de ligne de partage des couleurs entre les blancs et les noirs. Dans ces décennies des hommes comme King, Malcom X, Cone, ont su travailler ce que j’appelle la nouvelle conscience de soi des noirs. Ce sont les décennies du mouvement de la conscience noire qui émerge et marque toute la vie des noirs aux USA.

Ces décennies on pourrait l’appeler, décennies de la critique de l’Eglise noire ou il faut pousser leur sens critique afin de trouver le vrai sens de l’Eglise. Entre ces décennies, c’est le moment où la théologie contextuelle là-bas a pris sa place pour les noirs aux dépens d’une théologie occidentale, européenne. Puis-je le dire ainsi, elle est détrônée de son piédestal de théologie universelle. Cone par exemple entrepris une vraie théologie systématique en partant de l’expérience et de la souffrance des noirs. Cone était considéré comme un théologien ou son attitude est un homme noir en colère, dégouté par l’oppression des noirs en Amériques. La clef pour comprendre ces décennies est dans l’interprétions faite du pouvoir noir pas plus comme une théologie mais comme un combat politique. C’est là que se trouve opportun, évoqué le débat entre théologie et politique.

La tâche de la théologie contextuelle est d’analyser la condition de l’homme haïtien à la lumière de la révélation de Dieu en Jésus dans le but de créer une nouvelle compréhension de l’identité haïtienne protestante et que l’être haïtien puisse tenir compte de son pouvoir qu’il a. Ce qui fait exister un peuple et qui lui fait perdurer dans le temps, c’est sa capacite à travailler son identité. Quant au chrétien protestant haïtien, il va falloir qu’il approfondisse devant Dieu son identité propre. Ici, la question est idéologique, défendre l’haitiannité dans la foi que nous professons en Christ. L’essence d’une telle théologie provient d’une détermination à être car il n’y a pas de mouvement religieux dans une non-existence. Le chrétien protestant haïtien doit choisir de prendre le chemin du devenir. Notre vocation doit-être l’incarnation, autrement dit, d’être, le devenir de soi. Notre vocation n’est pas de devenir ceci ou cela mais de devenir soi-même. Devenir est premier par rapport à ceci ou cela qu’on devient. Devenir soi, c’est donc là la vocation d’une telle théologie contextuelle. Voilà, en quelques lignes, ce qui se joue, dans la marche des protestants et dans le discours de l’initiateur principale, Bishop Grégory Toussaint.

Manassé Pierre Louis, pour Penser la Théologie

Penserlatheologie@gmail.com

10 juillet 2023

 

Nou gen yon sel papa, nou gen yon sel sove

Se li k bay la li pou *

Paske nou pat bon,

Nou tout kwe nan yon sel so

Nou se yon sel legliz

 

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