Honoré Béramon, UDR- La Gonâve
INTRODUCTION GENERALE
Deux concepts fondamentaux constituent l’ossature de ce nouveau travail de recherche. Il s’agit de Croissance Intégrale de l’Eglise et Contextualisation de la formation des fidèles. Le premier qui s’explique par un développement à tous les niveaux, pourrait avoir pour contraire une croissance non intégrale ou partielle de l’église. Le second qui sous-entend une formation prenant en compte la réalité des croyants, est un paradigme nouveau que plusieurs chercheurs théologiens et écrivains protestants haïtiens sont en train de travailler. On peut citer à juste titre : Jules Casséus,[1] Henri Claude Telusma et Manassé Pierre-Louis[2], Sony Lamarre Joseph[3], Joël D. Alexandre[4], Jean Gustave Petit homme[5], Monel Jules[6] qui, chacun, à sa façon, réfléchissent sur un problème qui traverse l’évolution de l’Eglise Protestante en Haïti : « La croissance non intégrale des églises ».
A analyser et à comparer certains de leurs écrits, on peut déceler certaines pistes de solutions qu’ils proposent pour en mieux saisir la portée de cette analyse : D’une part, les églises connaissent une augmentation de leur nombre ; d’autre part, malgré cette croissance, en termes de quantité, on se pose la question sur la qualité et l’impact de leur présence dans leurs communautés respectives. Ce qui constitue un problème au fonctionnement intégral de l’Eglise en tant qu’institution sociale.
Ces auteurs peuvent se diviser en deux grands : d’aucuns se penchent beaucoup plus sur le côté contextuel du travail de l’église et les autres sur la problématique de la croissance.
Dans ce travail de recherche, nous essayerons de dresser un bilan historique et évolutif
du Protestantisme haïtien dès sa fondation, le 16 juillet 1816 à date, eu égard à la théologie traditionnelle aux théologies contextuelle pour ce qui est de la formation des fidèles et de la croissance intégrale. Ce, dans le but de déceler le rapport entre la contextualisation de la formation des fidèles et la croissance intégrale des églises. Ce qui revient à dire que nous allons voir dans quelle mesure la contextualisation de la formation des fidèles peut contribuer à la croissance intégrale des églises.
On va faire une analyse critique et comparative des écrits de plusieurs écrivains internationaux et indigènes ayant travaillé sur les deux grandes thématiques du sujet. Face aux différentes solutions proposées au problème de la croissance partielle des églises protestantes en Haïti, nous présenterons, quant à nous, une nouvelle proposition pour essayer de combler le vide constaté. Celle-là constitue une nouvelle approche visant la déconstruction et la reconstruction de l’imaginaire protestant haïtien par la formation contextuelle. Ce qui conduira à une nouvelle compréhension du réel protestant haïtien, à un nouveau mode de gestion de la formation dispensée dans les églises ; à une nouvelle pédagogie et une nouvelle application de la formation reçue en vue d’un nouveau type de protestant haïtien et d’une nouvelle église protestante haïtienne : « Une Eglise Croissante Intégrale et Qualitative »
Littérature existante et cadre conceptuel
Le problème de la croissance de l’église haïtienne face au contexte actuel attire l’attention de plusieurs chercheurs, théologiens et écrivains dans le secteur protestant. Plusieurs d’entre eux, sous des angles divers, ont déjà travaillé dessus avant nous et ont proposé certains éléments de solutions. Ils travaillent dans un sens ou dans un autre sur les concepts développement intégral de l’église et contextualisation de manière générale. Ils se rencontrent en partie pour souligner que les Eglises Protestantes dans le pays, malgré l’augmentation vertigineuse de leurs membres et leur pullulation impressionnante, connaissent un certain déséquilibre qui empêche que l’on puisse parler de Croissance Intégrale. Ils n’utilisent pas littéralement et n’envisagent exactement pas la même démarche d’intervention que nous. Voyons :
Vers une compréhension de la thématique Croissance Intégrale des églises protestantes en Haïti.
En parlant de la croissance intégrale de l’église. Qu’est-ce que cela veut dire ? Utilisant le concept développement intégral, Joël D. Alexandre explique que cela implique « le progrès et la marche en avant de tout homme et de toute la communauté dans toutes les dimensions de l’homme : économique, sociale, politique, culturelle, éducative, religieuse, spirituelle. La mission intégrale s’attache à créer des conditions pour que l’homme puisse :
- Devenir conscient de sa dignité humaine
- Exercer sa liberté selon le message de l’évangile
- Jouer un rôle actif dans son propre développement
- Aider les autres à progresser dans un authentique développement, non pas comme des objets ou des récepteurs passifs, mais comme des sujets de leur propre développement, qui prennent des initiatives, décident librement, partagent les responsabilités, et collaborent activement ».[7]
Pour montrer la nécessité que l’église doit croître (grandir), il poursuit dans son livre, Sociologie de l’Eglise que l’église en tant que corps est une unité de croissance. [8] Cela est vrai tant pour les membres du corps que pour les différentes parties ou les différents aspects du fonctionnement de l’église : spirituel, social, économique, culturel etc. Si l’un ou l’autre des éléments est négligé, cela va affecter tous les autres.
Outre Joël D. Alexandre, le chercheur théologien et socio-anthropologue, Jean Gustave Petit-Homme, a lui aussi travaillé sur le concept croissance intégrale de l’église. Il utilise de préférence le mot développement. Pour lui, en parlant du développement intégral, il s’agit de ne pas mettre d’accent seulement sur l’aspect numérique mais également sur l’aspect qualitatif. [9] Donc, le pasteur du nouveau millénaire ne doit pas seulement s’intéresser à une partie de l’être humain ou un aspect du fonctionnement de l’église. Il doit se préoccuper de l’homme dans son être tout entier : corps, âme et esprit. Monel Jules, le dit en ces termes : « Nous nous proposons d’attirer l’attention des leaders et des futurs responsables de congrégation chrétienne locale que l’œuvre du Christ a à investir dans le développement communautaire. Pendant trop longtemps, notre prospection a été maximisée sur le salut des âmes tandis que d’autres aspects de la vie terrestre ont été négligés »[10] Nous ne devons pas nous contenter de préparer seulement les fidèles à leur vie dans l’au-delà, la vie qu’ils vont vivre éternellement en négligeant leur vie d’ici-bas. Casséus, à ce titre ajoute : « l’église haïtienne doit être une église d’influence ». Elle est apparemment forte dans le domaine des choses spirituelles et de « l’au-delà ». Mais elle est sans pouvoir en face des réalités de l’existence en Haïti »[11] Enfin, en parlant de la Croissance Intégrale de l’église, il s’agit de sa croissance sur tous les aspects, dans toutes les dimensions, à tous les niveaux ; et cela que ce soit sur le plan quantitatif et qualitatif. S’agissant d’un travail de recherche académique en Théologie, le concept Croissance Intégrale est beaucoup plus utilisé que développement Intégral.
Vers une compréhension de la thématique contextualisation de la formation des fidèles dans les églises protestantes
L’enseignement théologique contextuel est une nouvelle approche missiologique et théologique où il est demandé aux missionnaires et aux théologiens dans le cadre de leur formation et de l’exercice de leur fonction prédicative et éducative de tenir compte du contexte socio-culturel, spirituel et économique du peuple. Le professeur missionnaire anthropologue, Paul G. Hiebert, dans son livre Mission et Culture déclare que : « Les missionnaires doivent comprendre, dans leur cadre historique et culturel, les gens qu’ils veulent servir. En même temps, ils doivent se comprendre eux-mêmes. Sinon, ils risquent de proclamer un message incompréhensible et inapplicable »[12] Il poursuit en montrant comment l’Anthropologie peut contribuer aux missions[13]. Jules Casséus, le Père de la théologie contextuelle en Haïti, de son côté parlant de cette théologie, dans son livre, Éléments de théologie haïtienne, déclare ce qui suit : « Cette théologie doit être le résultat d’un enseignement et d’une formation contextuelle, elle sera libératrice, dynamique, transformatrice »[14]
Selon ces deux écrivains, il s’agira pour moi, en tant que théologien, pasteur, prédicateur, dans le cadre de mes interventions, de contextualiser, c’est-à-dire de replacer dans le contexte où je fonctionne, mon travail de prédication et d’enseignement. D’où l’accent à mettre sur le vocable contexte, ayant pour synonyme situation et qui peut se définir comme étant l’ensemble des circonstances entourant la vie des gens d’une communauté ou d’une culture sur le plan social, politique, économique. Alors, l’on pourrait dire : le contexte social d’un peuple, c’est sa situation sociale ; son contexte politique, c’est sa situation politique ; son contexte économique, c’est sa situation économique ; son contexte culturel etc., c’est sa situation culturelle. En un mot, mon contexte c’est l’ensemble des circonstances sociales, politiques, économiques et culturelles dans lesquelles je me situe ou je me trouve placé.
Qu’est- ce qui doit être contextualisé ? Notre théologie, notre prédication, notre enseignement ? En ce sens, analysons certaines avancées de Jules Casséus, de Manassé Pierre Louis, de Télusma Henri Claude et de Sony Lamarre Joseph. Dans ses différentes interventions, Jules Casséus met beaucoup plus d’accent sur notre théologie. Regarde comment il le souligne dans ces deux déclarations magistrales : La première est la suivante : « Le théologien haïtien a la responsabilité d’expliquer aux fidèles les dimensions du salut christique dans le contexte haïtien et le sens de la vraie adoration à Dieu. Ces deux aspects du Christianisme constituent la clé au progrès spirituel, psycho-social et même matériel des chrétiens haïtiens »[15] Et voici la seconde : « Notre compréhension de Dieu, notre interprétation de sa parole, notre ecclésiologie et notre praxis évangélique doivent refléter les éléments positifs de la culture haïtienne. Il y a longtemps que nous absorbons une théologie qui ne répond pas en fait aux besoins socio-culturels de l’haïtien. Nous acceptions innocemment tout ce qu’on nous enseignait de la foi chrétienne, alors que nous n’étions pas en mesure de formuler nos propres réflexions théologiques afin d’agripper spirituellement, intellectuellement et socialement avec les problèmes de la vie dans le cadre de la culture haïtienne ».[16]
On peut bien comprendre l’importance d’une nouvelle approche théologique dans la construction du chrétien haïtien comme le montre le Docteur. Voilà pourquoi, les instituts bibliques, les séminaires et les facultés de théologie qui forment les leaders chrétiens haïtiens de cette génération et de celles à venir doivent insérer dans leur cursus un cours de Théologie Contextuelle ou de Théologie Haïtienne. Les nouveaux professeurs de théologie en Haïti, les nouveaux théologiens haïtiens doivent concevoir la formation théologique sous ces différents aspects : académique, spirituelle, professionnelle et culturelle. Toutefois, ce niveau-là peut être perçu à une échelle beaucoup plus élevée sans négliger le travail d’enseignement et de formation qui se fait au sein des églises locales.
Henri Claude Télusma et Manassé Pierre-Louis, sans négliger l’aspect théologique global, mettent beaucoup plus d’accent sur notre prédication liée à une nouvelle herméneutique. Considérons d’abord Henri Claude Télusma. Il effectue un travail critique sur la façon dont se fait la prédication dans les églises protestantes en Haïti. Pour lui, les prédicateurs dans nos églises ne tiennent pas compte d’une herméneutique et d’une proclamation anthropologiquement et sociologiquement contextualisées. Selon Télusma, au lieu de remplir valablement sa fonction de sensibilisation et de catalyseur de changement, vu la place qu’elle occupe dans le culte protestant haïtien[17], « La prédication protestante crée parfois une rupture entre le chrétien et ses réalités existentielles. Des chrétiens faibles d’esprit n’ont pas la capacité de saisir quelques fois le sens des discours théologiques sur la question du royaume de Dieu. Pour eux, vivre les réalités du royaume de Dieu c’est se détacher de tout ce qui est terrestre, c’est la raison pour laquelle les chrétiens protestants haïtiens sont très réticents par rapport à la politique. La politique dont il est question ici tient compte de la responsabilité citoyenne et de l’engagement politique des chrétiens dans la société. Ils ont oublié que l’être humain est un animal politique et qu’il a une vocation politique. Cette vocation tire son origine dans le fait que Dieu a créé l’homme pour prendre soin de la création ».[18]
De son côté, Manassé Pierre-Louis, dans un chapitre qu’il rédige dans cet ouvrage collectif Théologie et Prédication dans le contexte actuel d’Haïti[19], opte pour une herméneutique philosophique. Il montre que dans le domaine de la prédication dans les églises protestantes haïtiennes, on n’a pas encore une herméneutique philosophique. Un regard sur le sous-titre suivant peut nous en dire mieux : « Quelle herméneutique et quelle prédication dans le contexte actuel en Haïti »[20] De ce groupe de théologiens et penseurs protestants haïtiens qui proposent de repenser l’interprétation et la prédication dans les églises haïtiennes en vue de la proclamation de l’évangile intégral et salutaire dans le contexte haïtien, seul capable de susciter une prise de conscience de l’état de délabrement moral et spirituel dans lequel l’homme se trouve en vue d’un changement radical et salvateur des mentalités [21] , il convient d’ajouter cet écrivain bien connu dans le domaine de la communication en Haïti. Il s’agit de Sony Lamarre Joseph qui avance, dans son ouvrage Notre Eglise et le Sous-développement ce qui suit : « Aujourd’hui n’est pas hier. Si elle veut continuer à faire impact, la prédication doit s’adapter aux conditions actuelles du monde considéré comme un petit village en raison des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Il ne s’agit pas de changer le contenu du message, mais d’en modifier la forme pour qu’elle puisse atteindre les hommes et les femmes d’aujourd’hui ».[22]
Les théologiens, les pasteurs, les évangélistes, les prédicateurs de de toutes sortes, ne sauraient négliger, s’ils veulent aujourd’hui faire œuvre qui vaille dans le ministère de la prédication, les déclarations suivantes : [23]
Après toute cette revue sur le concept contextualisation, comment enfin, expliquer la thématique contextualisation de la formation des fidèles dans les églises protestantes en Haïti ? Il s’agira dans le cadre de l’enseignement de la Parole de Dieu de tenir compte des circonstances dans lesquelles se trouvent les fidèles de ces églises, de tenir compte de leurs situations sociales, politiques, économiques, culturelles etc. Il s’agira de les porter à prendre conscience non seulement de leurs besoins mais aussi des opportunités et des moyens qui sont à leurs dispositions pour y faire face.
Comme ci-mentionné, ces chercheurs, certes, se sont déjà, chacun à sa manière, penchés sur ces deux concepts clés de notre recherche : croissance intégrale et contextualisation de la formation des fidèles. Ils ont fait des propositions de solutions : Toutefois, nous avons pu constater qu’il y a un vide à combler. Eu égard à l’approche contextuelle, Casseus l’a abordée du point de vue théologique, Manassé et Henri-Claude l’ont conçue sur le plan herméneutico-homilétique, et nous, nous allons essayer de l’aborder sur le plan purement didactique. Pour ce qui est du problème de la Croissance Partielle de l’église, Joël Alexandre soutient qu’on parviendra à le résoudre de manière évangélisationelle[24] et Jean Gustave de manière organisationnelle[25] Mais nous, nous allons tenter de voir si par la contextualisation de la formation des fidèles, on ne peut pas y parvenir et dans quelle mesure. Nous, de notre côté, nous allons essayer de voir comment la contextualisation de la formation des fidèles peut contribuer à la croissance intégrale des églises évangéliques en Haïti.
Comme ci-mentionné, ce travail contribuera à l’évolution sociale des églises d’ici et d’ailleurs et au progrès de la connaissance scientifique.
PROBLEMATIQUE
Ces faits qu’on vient d’évoquer concourent grandement à la problématique de la croissance de l’Eglise Protestante en Haïti. Ils sont majeurs et déterminants. Ils exercent un impact cuisant sur le développement des églises et conduisent à un seul et même constat : La croissance non intégrale ou partielle des Eglises Protestantes en Haïti. C’est un problème crucial qui empêche l’église de remplir convenablement sa mission intégrale.
Ainsi, nous sommes parvenus à formuler notre question principale de la manière suivante : « Dans quelle mesure la contextualisation de la formation des fidèles, pourrait-elle contribuer à la croissance intégrale des églises évangéliques en Haïti ?»
Cette question, étant trop générale et ne pouvant complètement aider à cerner le problème, nous sommes amenés à formuler les questions spécifiques suivantes : En quoi, la croissance partielle de l’église pose un problème ? Comment pourrait-on y remédier ? Quels sont les enjeux qui y sont liés ?
Hypothèses de la recherche
Le problème et les questions qui s’y rapportent étant posés, on parvient maintenant à présumer d’abord de manière générale que si les fidèles de nos églises protestantes étaient formés de manière contextuelle, cela aurait contribué énormément à la croissance intégrale des églises. D’où l’hypothèse principale de la recherche : « La croissance intégrale des Eglises Protestantes en Haïti dépend de la contextualisation de la formation des fidèles dans les églises locales ».
Ensuite, de manière spécifique, il faudrait souligner le fait de la négligence des responsables (pasteurs, surintendants de l’école du dimanche) dans le choix des moniteurs, dans le choix des ouvrages à utiliser en vertu des objectifs visés pour la croissance intégrale de l’église et dans les méthodes d’enseignement utilisées. A ce titre, on peut dire que si l’on prêtait attention aux critères de choix des enseignants, des ouvrages, et des méthodes d’enseignement, on attaquerait le problème à la base. Ce qui nous permet de formuler ainsi la première hypothèse spécifique : « La formation non contextuelle des fidèles est dûes à la négligence des responsables dans le choix des enseignants de la Bible et dans le choix des manuels et des méthodes d’enseignement ».
En deuxième lieu, il convient de souligner spécifiquement que si l’on parvenait à doter les pasteurs et les moniteurs d’une solide formation contextuelle et aiguiser leur vision sur le rôle de leur ministère dans le cadre de la croissance intégrale de l’église, cela déboucherait sur des résultats à tous les niveaux. Donc, la deuxième hypothèse spécifique est ainsi formulée : « Une formation contextuelle aux fidèles dans les églises évangéliques en Haïti dépend d’une solide formation contextuelle des pasteurs/docteurs et des éducateurs chrétiens, d’une compréhension et d’une vision claires du rôle de leur ministère sur la croissance intégrale de l’église. »
Enfin, si rien n’est fait pour résoudre ce problème, en termes d’impacts et d’enjeux, les églises s’enliseront davantage dans l’ignorance, dans la pauvreté sociale, économique, culturelle. D’où la troisième et dernière hypothèse spécifique : « L’absence d’une politique de planification d’une formation contextualisée dans les Églises évangéliques conduira à un déséquilibre de croissance » Les églises et leurs institutions auxiliaires continueront de croitre quantitativement mais non qualitativement. Elles continueront à être bondées de croyants qui ne croient qu’au retour de Jésus sans être dotés de formation nécessaire pour faire face aux différentes et complexes réalités de la vie quotidienne.
Objectifs de la recherche
Dans ce travail de recherche, les objectifs poursuivis sont de deux ordres : Premièrement l’objectif général qui est ainsi formulé : Décrire l’importance de la contextualisation de la formation des fidèles dans le cadre de la croissance intégrale des Eglises Evangéliques en Haïti. Deuxièmement, des objectifs spécifiques :
- Relever les critères de choix des moniteurs, des manuels et des méthodes d’enseignement appropriés à une formation contextualisée en vue de la croissance intégrale de l’église.
- Identifier les moyens que l’on pourrait utiliser pour pallier ce problème. Découvrir les enjeux et les impacts de ce problème sur les églises évangéliques haïtiennes si aucune solution n’y est apportée.
Cadre méthodologique
Du point de vue méthodologique, ce travail revêt une importance capitale. Il montrera comment de manière ordonnée via une approche didactique théologique-contextuelle, on peut aider à résoudre le problème de la croissance non intégrale des églises protestantes en Haïti. Donc, on se réfèrera à des théories éducatives et économiques appropriées aux grands concepts du sujet. Fritz Olivier, dans son ouvrage, une nouvelle vision du Protestantisme en Haïti voulant souligner l’importance de l’éducation chrétienne sur le développement humain, déclare : « le rôle de toute éducation consiste à faciliter le développement et la transformation de l’individu et, ici, dans un contexte chrétien, à cette fin nous devons nous efforcer d’offrir des options religieuses qui remplacent l’ancienne foi traditionnelle et d’accepter le principe de l’épanouissement personnel tout en contribuant à son enrichissement. »[26] Dans le cadre de ce travail, nous avons opté pour la méthode qualitative interprétative. En ce sens, la démarche importante qui sera adoptée celle-ci : Une étude analytique et comparative des écrits de certains des auteurs précités en vue de découvrir comment ils dressent le rapport entre les concepts Contextualisation et la croissance Intégrale ; ce qu’ils proposent en termes de solutions. Ce, pour relever leurs points forts et souligner les limites de leurs approches. Dans ce cas, nous allons utiliser le constructivisme comme paradigme épistémologique.
[1] Jules CASSEUS, Eléments de théologie haïtienne, La Presse Évangélique, Port-au-Prince, 2007 ; Pour une Eglise authentiquement haïtienne, Port-au-Prince, La Presse Evangélique 1987, reproduit 1993
[2] Henri Claude TELUSMA et Manassé PIERRE-LOUIS Bicentenaire du Protestantisme en Haïti : Enjeux et Perspectives Théologiques, Port-au-Prince, Média-Textes, 2016 ; Théologie et Prédication dans le contexte actuel d’Haïti, Media-Textes, Port-au-Prince, 2015.
[3] Sony Lamarre JOSEPH, Notre église et le Sous-Développement, Une nouvelle vision pour une nouvelle Haïti, Média-Textes, Port-au-Prince, 2015
[4] Joël Daniel ALEXANDRE, Une stratégie de transformation dans le cadre de la Mission Intégrale de l’Eglise, Port-au- Prince, La Presse Evangélique, 1993 ; Sociologie de l’Eglise, Découvrir l’Eglise de Jésus-Christ, La Presse Evangélique, Port-au-Prince, 2004 ; Guide Pratique de l’ouvrier de Dieu dans une Evangélisation Intégrale, 2eme Edition révisée, corrigée et augmentée, la Presse Evangélique, Port-au-Prince 1996.
[5] Jean Gustave PETIT-HOMME, Vers le dé écloppement intégral des églises protestantes à la Gonâve, Anse-a-Galets, Séminaire Théologique Nazareen d’Haiti, Pétion-Ville, 2011
[6] Monel jules, L’Eglise et l’engagement communautaire, Média-Textes, Port-au-Prince, 2013
[7] Joël D. ALEXANDRE, Guide pratique de l’ouvrier de Dieu, dans une Evangélisation Intégrale, La Presse Evangélique, Port-au-Prince, 1993, p.146
[8]« Dans un corps normal, tous les membres croissent ensemble. Chacun d’eux contribue à la croissance de tous les autres organes en même temps qu’à sa croissance. Si un membre ou un organe cesse de croître, le corps reste infirme, disproportionné ou malade et d’autres organes sont obligés de suppléer aux carences du membre défaillant. Il n’en va pas autrement dans l’église locale. Si elle veut accomplir normalement sa mission, il importe que tous ses membres parviennent à maturité, à l’état d’hommes faits. Le retard de croissance d‘un membre se répercute sur le témoignage collectif et donne un travail accru aux membres Le retard de croissance d‘un membre se répercute sur le témoignage collectif et donne un travail accru aux membres » Joël D. ALEXANDRE, Sociologie de l’Eglise, Découvrir l’Eglise de Jésus-Christ, La Presse Evangélique, Port-au-Prince, 2004 p. 29.
[9] Jean Gustave PETIT-HOMME, Vers le développement intégral des églises protestantes à la Gonâve, Anse-Galets, mémoire de sortie pour le grade de licence en théologie, Pétion-ville, STNH, Avril 2011, p.11
[10] Monel JULES, L’Eglise et l’engagement Communautaire, Média-Textes, Port-au-Prince, 2013, p.14
[11] Jules CASSEUS, Pour une église authentiquement haïtienne, Port-au-Prince, La Presse Evangélique 1987, reproduit 1993 p.71
[12] Paul G. HIEBERT, Mission et Culture, Editions Emmaüs, Saint-Léger ,2002, p.12 et au verso.
[13] Comment pouvons-nous connaitre le message biblique ? Manifestement, il nous faut étudier la Bible, la théologie, l’Histoire de l’église. Missionnaires, nous aurons à élargir nos compétences dans l’optique de notre ministère, qu’il s’agisse de prêcher, d’enseigner, d’écrire, de nous consacrer à la médecine, au développement et à la radio.
Et comment pouvons-nous étudier la scène contemporaine ? L’anthropologie, la sociologie, l’histoire, et les autres sciences humaines et sociales nous sont d’un grand secours. Elles nous procurent les outils qui nous permettent de considérer les divers cadres culturels dans lesquelles nous travaillons et qui nous fournissent des informations sur le monde d’aujourd’hui. Ces sciences sont à même de nous aider de plusieurs manières. Ibid., p.13.
[14] Jules CASSEUS, Eléments de théologie haïtienne, La Presse Evangélique, Port-au-Prince, 2007, p.17
[15] Ibid., p14
[16] Ibid., p.14
[17] Le protestantisme est une religion de prédication. Très souvent au niveau des églises haïtiennes, lorsqu’on arrive au moment où le pasteur va prononcer son sermon, ceux qui dirigent les cultes disent souvent : « Nous sommes arrivés au moment le plus important du culte ». Bien entendu tous les moments, tous les aspects d’un culte sont importants, cependant les protestants haïtiens accordent une considération très spéciale aux sermons. L’écoute accordée, l’attention au discours prédicatif est très révérée car pour certains, ce temps de partage est riche en réflexions théologiques qui éclairent leur vie quotidienne. Les protestants estiment que la prédication est un moyen utilisé par Dieu pour transmettre sa parole à ses enfants, Henri Claude THELUSMA in Bicentenaire du Protestantisme en Haïti : Enjeux et Perspectives Théologiques, Média-Textes Port-au-Prince, 2016, p.17
[18] Ibid. p.32.
[19] Manassé PIERRE-LOUIS in Théologie et Prédication dans le contexte actuel d’Haïti, Media-Textes, Port-au-Prince, 2015, p.21
[20] Partant du constat que l’herméneutique n’a pas encore fait objet d’étude en Haïti, comment la Théologie peut-elle explorer ce vaste chantier ? Il s’agit dans ce cas, de proposer une herméneutique qui doit obligatoirement passer par une nouvelle interprétation de notre histoire. Dans ce cas, elle se veut l’effort de travailler sur les méthodes de réception d’un discours prédicatif. Des lors, nous sommes dans une démarche d’herméneutique philosophique. […] On est comme quelqu’un égaré sur une terre qui n’est pas la sienne. […] Voulant doter la prédication comme une forme de connaissance, un domaine entre autres de savoir, nous oblige à poser l’acte de prêcher en relation avec la raison […] Ainsi, c’est par ce que la raison cherche à comprendre qu’il faut nécessairement que tout chrétien doit s’arranger en herméneute, doit chercher à comprendre en quoi, par qui et comment le message de Christ nous atteindre dans mon être ?Il ne doit pas se taire tant qu’il n’arrive pas à articuler le discours prédicatif et son être ».[…] Ibid., p.49
[21] Sony Lamarre JOSEPH, Notre Eglise et le sous-développement, Port-au-Prince, Media-Texte, 2016 p.138
[22] Ibid., p.63
[23] Ce n’est pas en se prononçant toujours comme prophète de malheur qui annoncent des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin, que les chrétiens seront sensibilisés. […] Mais le leader conscient de la responsabilité des hommes comme gérants de la créature de Dieu et qui devront tôt ou tard rendre compte de leur gestion tiendra un discours qui ne restera pas sans effet sur le bien être psychomoteur des auditeurs Ibid., pp.67-68
[24] Il l’exprime ainsi de manière tacite : L’Evangélisation doit être intégrale : Selon le témoignage du Nouveau Testament, l’évangélisation doit englober l’homme dans l’intégralité son être. Nous balançons ainsi l’équation de l’évangélisation : Evangélisation = Proclamation +démonstration de l’Evangile. Il ne saurait y avoir de rupture entre la proclamation et la démonstration de l’Evangile parce que l’homme à évangéliser n’est pas un homme abstrait mais qu’il est sujet aux questions sociales et économiques ; et de plus, on ne peut dissocier le plan de la Création du plan de la Rédemption qui, lui aussi s’adresse aux situations très concrètes de l’homme.[…] Une église qui s’occupe seulement de l’évangélisation sans aucun souci ou désir de répondre aux pressions sociales qui accablent la société est une église qui se méprend sur la puissance transformatrice de l’Evangile. Les chrétiens qui prétendent connaître Dieu, mais qui négligent les aspects matériels et intellectuels de la vie humaine, se détournent du contexte dans lequel leur foi doit se manifester. Joël D. ALEXANDRE, Op,,Cit pp.22-23.
[25] Il soutient son approche avec le développement de ce sous-titre : « L’organisation : Moyen essentiel pour atteindre le développement intégral » Jean Gustave PETIT-HOMME, Op., Cit, pp. 28-32.
[26] Fritz OLIVIER, Une nouvelle vision du Protestantisme en Haïti pour une formation académique pastorale Les Presses de l’Imprimeur II, Port-au-Prince, 2007 pp.158-159