Choz di, choz fèt :
Ce que je dis, je le crée, ce que je dis est un acte de création.
Dans un contexte marqué par des crises multiples politiques, sociales, morales et spirituelle la société haïtienne se trouve confrontée à une question fondamentale : Comment reconstruire le lien social, restaurer la confiance collective et orienter la nation vers un avenir pacifique et juste ? Le synode des Églises protestantes d’Haïti, initié par la commission de théologie de la FPH, chapeauté par la plus grande institution protestante du Pays, la Fédération Protestante d’Haïti, peut-il constituer un instrument crédible de réconciliation nationale et de stabilisation sociale dans un contexte de fragmentation généralisée ?
Nous sommes à un carrefour critique de l’histoire. Il y a deux options : soit nous acceptons d’être effacés de la carte du monde, soit nous choisissons d’affronter le défi et de surmonter cette difficulté. Si seulement le pire chose qui nous arrive aujourd’hui, peut-être le levier pour pouvoir nous reconstruire : Le chaos, la gangstérisation, la solitude, l’exil, l’isolement. On n’a pas d’autre choix, fait de ce chaos, quelque chose de lumineux, d’extraordinaire. Les gens que personnes ne regardaient sont souvent ceux qui changent tout. C’est sur le chemin que l’on évite que l’on rencontre son destin.
Le synode protestant haïtien est le chemin que beaucoup d’entre nous, ceux qui nous suivent et qui nous regardent, ont évité de prendre. C’est la voie d’un renouveau, la voie du vivre ensemble, de la critique et du jugement à savoir face au chaos, chercher à le comprendre : le comprendre à deux niveaux : avec un regard de foi et un autre de raison. Le mariage de la foi et de la raison, de la transcendance et de l’immanence, de Dieu et de l’homme.
Comprendre ce chaos, je veux dire avoir un regard au-delà du simple regard de la foi, un regard également de raison. C’est un don que l’Eglise méfie longtemps, la raison. Tout comme le regard de la foi est une grâce de Dieu, mais la raison, une autre grâce, une capacité inarrêtable, une puissance qu’on oublie et qui mérite d’être revisitée aujourd’hui. Ce que vous allez vivre en parlant de comprendre ou le côté rationnel des choses, cela va vous bouleverser, va vous choquer, mais plus cela choque, plus il est important d’aller voir ce qui se passe derrière, car c’est la nôtre délivrance.
Il est inutile de continuer à parler de nouvelle Haïti, de dire que je sens et cela va venir. Il est nécessaire de voir la réalité en face et la confronter. Choisir d’affronter la réalité et d’opérer un changement ce qu’il nous faut. Pour cela, il est temps de faire une pause, à l’instar de Moise, pour aller voir ce qui se passe là-bas : c’est étrange, un buisson en flamme. C’est une révélation divine. C’est là ou Dieu se révèle. Ainsi, l’apparition de Dieu se manifeste autrement en ce temps crise. On voit Dieu à travers un regard rationnelle, la science. Je veux dire, le buisson ardent sur lequel il faut s’arrêter pour voir et voir claire, voir la réalité en face, c’est une autre façon de comprendre les choses, la Raison. C’est aussi par elle que Dieu se révèle.
L’Eglise doit être lucide, c’est maintenant d’élever le niveau scientifique pour essayer de comprendre, c’est pourquoi je parle de perturbation, parce qu’on va faire intervenir la science dans le domaine de la foi. A partir d’’aujourd’hui, que chaque école protestante contienne une bibliothèque, que chaque pasteur sérieux pense à faire acquisition des livres. Dissiper les ténèbres et de l’ignorance, l’obscurantisme, mettre de la lumière, la clarté et la vérité. Je vous rappelle que nous sommes une nation qui a fait l’histoire. Nous déclarons que la civilisation haïtienne telle qu’elle a été manifestée en 1804, telle que le monde s’est connu et exploitée, telle qu’elle brille comme phare de la liberté, telle qu’elle a ouvert la voie au pardon, à l’unité, telle qu’elle a ouvert la voie à science. Nous déclarons que cette civilisation reprenne vie, ici.
Choz di, choz fèt
C’est la terre de nos ancêtres, la terres de nos pères de la patrie, de Christophe, le visionnaire, lui, qui a bâti cette cité civilisatrice, qui a ouvert la voie à la construction de notre fierté, la citadelle la ferrière, merveille du monde, que cette civilisation reprenne vie, ici. Choz di, choz fèt
Nous déclarons que cette civilisation reprenne vie ici : choz di, choz fèt.
Nous ne voulons plus de cette Haïti que nous sommes en train de vivre, nous ne voulons plus de celle-là, nous voulons l’Haïti que Dieu nous a donné par nos pères de la patrie, l’Haïti de Dessalines, Notre père Dessalines, s’est battu, il a fait comme il pouvait, il a tué, égorgé, assassiné, terrifié, car le monde était contre lui. Dessalines a lutté sans relâche contre l’oppression, il s’est battu pour un Haïti libre et indépendant, il a défendu la souveraineté de notre pays face à la colonisation, et posé les bases d’une société affranchie de la chaine de l’esclavage, symbole de courage et d’émancipation, c’est lui qui a ouvert la voie à l’émancipation de toute une génération d’homme et de femme en Haïti et ailleurs.
Tournons cette page terrifiante, horrible mais glorieuse et parlons d’unité, d’amour et de vérité. Car la vraie liberté se construit à travers l’unité, l’amour et la vérité. En posant la question à Jésus : qu’est-ce que la vérité, la vérité, Nous voulons fonder ce siècle, les décennies à venir sur les trois piliers et travaillons à ce qu’ils soient concrets et manifeste dès aujourd’hui, à l’heure que nous parlons.
Le chemin de la liberté a été tracé ici par nos pères. Elle reste une non-reconnaissance elle constitue la détresse de ce pays au cœur d’une universalité et c’est au nom de cette universalité toujours à nouveau peu crédible, que ce soit à cause de son absolutisation, et donc de son conformisme, de sa compromission avec les puissances qui régissent le monde dans l’oubli du bien commun de tous et de toutes et donc de sa démission face aux défis auxquels elle est confrontée. La crédibilité de cette universalité se mesure à son aptitude ad intra à être authentique elle-même dans son faire, et ad extra à affronter sa mission au sein de l’humanité. La crédibilité tient à cette universalité de dire et d’accepter que ces pauvres noirs venus d’Afrique, peuvent être à la base de cette liberté tant recherchée par les humains, qu’il faut leur attribuer cette tâche si noble et que la vraie liberté est venue d’eux ?
L’unité est essentielle, étant donné que nous sommes tous nés dans une interdépendance. Que nous soyons riches ou pauvres, vodouisant ou catholiques, protestants ou autres, le rayonnement de notre Haïti repose sur chacun de nous.
L’amour, car le pardon est la base de tout amour vrai et véritable, la réconciliation en dépend, mais une réconciliation de soi par soi tout d’abord et la réconciliation avec les autres. Celui qui n’aime pas n’est pas de Dieu car Dieu est amour. L’amour croit tout, espère tout, supporte tout.
La vérité, la vérité, qu’est-ce que la vérité : A Jésus de répondre, je suis la vérité. Il nous faut la vérité dans notre histoire. Qui nous sommes vraiment ? Vérifie sur les médias sociaux, les surnoms que portent nos jeunes : ils portent déjà une souffrance, « la courageuse », « menm si mtonbe, mpap leve, mpaka mo ». Des signes avant-coureurs mais marqué par un passé lourd, pesant, fait de cicatrices, de blessures. La vie dessine sur leur pas le chemin auquel il va emprunter, dans ce chemin, il y a nous, eux, il y a une génération, des générations. Que faisons-nous l’église, continuer à chanter, prier et jeuner où à comprendre. Je suis en droit de comprendre, je dis comprendre, dans le sens de juger, de critique, à savoir une quête de sens, du jugement ou de science et de vérité.
Nous, les protestants haïtiens, nous avons connu deux pères, Dessalines et Jésus. Jésus nous a libéré de la chaine de l’esclavage et du péché, nous sommes maintenant libres d’aimer comme il a aimé, libre de pardonner comme lui, il a pardonné. Ainsi, nous prônons par ce discours, que nous sommes venus non pas pour égorger ni pour tuer, ni pour terrifier, nous venons manifester de l’amour et de la vérité, car nous sommes une race élue, une nation sainte, un peuple royal, plein de vérité. Nous venons apporter du salut, de la délivrance prônée tout d’abord par Dessalines, parce que nous le connaissons avant de connaitre Jésus, et de l’amour prôné par Jésus-Christ, car il est notre sauveur, père de toutes et tous, père de notre père de la patrie.
C’est au nom de Dessalines et de Jésus que nous déclarons que la civilisation haïtienne reprenne vie. Choz di, choz fèt
C’est au nom de Dessalines et de Jésus que nous déclarons que la vie règne sur ce bout de terre. Choz di, choz fèt
C’est au nom de Dessalines et de Jésus que nous déclarons que la civilisation reprenne vie ici. Choz di, choz fèt
On ne peut pas fuir ce que nous sommes, vous ne pouvez pas fuir votre histoire, vous êtes votre histoire.
La manifestation divine pour ce temps, ce Kairos, c’est de faire plier cette crise en notre faveur, c’est de trouver la gloire divine et cette gloire puisse se manifester d’une façon telle que le monde verra qu’ici en Haïti, c’est la terre de Dieu, avec le grand D. 1804, le monde a tremblé, parce que Dieu s’est révélé à travers nos ancêtres, Dessalines, Christophe, Pétion et 2026, le monde tremblera, parce que notre Dieu va se manifeste à travers la science, une autre manière pour montrer au monde que qu’il existe un Dieu. Il est ici, en Haïti. Quand il est avec nous, personne ne peut contre nous. Maintenant, C’est Dieu et la Science.
L’Eglise, réveillez-vous, il faut essayer de comprendre ce que vous a mis par terre, vous vous bataillez avec vous vous même depuis des décennies, vous êtes en lutte avec vous même comme Jacob, tout a retourné contre vous, tout est bloqué, malgré vos prières, vos bonnes foi, il y a quelque chose qui cloche, qui ne fonctionne pas qui vous bloque. C’est pour cela, la manifestation divine aujourd’hui, pour cette année 2026, est un Kairos un temps de Dieu, un temps ou Dieu va se manifester autrement. Nous déclarons que la vie reprenne vie ici.
Église, réveillez-vous, il est impératif de comprendre ce qui vous a mise à terre. Vous vous débattez avec vous-même depuis des décennies, une lutte semblable à celle de Jacob. Tout semble conspirer contre vous, tout est entravé, malgré vos prières et votre bonne intention. Ainsi, la révélation divine pour ce temps nouveau, pour l’année 2026 représente un Kairos, un moment opportun où Dieu doit agir dans le cours de notre histoire, il doit se manifester d’une manière différente. Nous proclamons que la vie reprenne vie ici.
Le monde extérieur auquel nous aspirons ne semble exister que dans la mesure où nous percevons qu’il est vivant en nous. Nous sommes le reflet de ce que nous vivons de l’extérieur, la situation politique, économique, le monde dans lequel nous vivons, la gangstérisation de notre société, la corruption, les conflits, les divisions, une société en voie de disparition. La vérité qui es libératrice, elle n’est pas de l’extérieur, ce que nous voulons changer de l’extérieur ne peut pas changer, la situation sera changée quand nous acceptons de plier les réalités à l’intérieur de nous, quand nous acceptons de voir ce qui nous lie et qui nous bloque. Le monde extérieur n’existe pas et ne change pas, aussi longtemps qu’on ne voit pas ce qui doit changer n nous.
Arrêtons-nous de nous fixer les regards sur les choses extérieurs, la vérité est que, la seule chose qui se plie, ce n’est pas l’extérieur, c’est nous, la corruption, c’est d’abord en nous, le chaos, c’est d’abord à l’intérieur de nous. La liberté que nous nous recherchons, quand nous abondons l’idée que, quand nous deviendrons la liberté que nous cherchons, l’amour que nous cherchons, la paix que nous cherchons, c’est alors que nous pouvons changer le monde. Il faut accepter de vivre notre solitude, vivre comme aujourd’hui, je veux dire, dans l’isolement, sans l’amour de quiconque, sous le regard hypocrite de certaines nations amies, accepte l’isolement, cette solitude. Cette solitude n’est pas un désert, il est un miroir, pour passer du temps avec toi, un moment de perlaboration du passé, travailler le passé et chercher la libération qui en découle. C’est dans la sollicitude qu’on va trouver notre trésor, par ce que la sollicitude va nous mettre sur le chemin du passé, là ou personne ne pourra nous gouverner, nous établissons notre règne, là plus personne ne peut nous contrôler, nous pouvons régner sur nous-même.
L’harmonie, la paix que nous cherchons n’est jamais dehors, elle nait de l’intérieur, c’est alors les portes s’ouvrira, le monde entier s’ouvrira devant nous. À l’intérieur de chacun de nous, il y a un vrai pouvoir que Dieu a mis, il est lumière, clarté, vérité, il est unique à nous, quelque chose avec qui on est né qui nous appartient à nous seule, ça ne s’enseigne pas, ce ne s’apprend pas. On emprunte un chemin qui enterre notre cours de la vie, parce qu’on vit sur le prisme de notre trauma, de la peur et l’illusion de la vérité.
Nous sommes un peuple qui vive dans l’ombre, qui cherche de la lumière, nous vivons une vie qui ne nous correspond pas, ce n’est pas notre vraie vie, nous sommes en décalage de ce que nous vivons. La plus grande bataille n’est pas contre un ennemi extérieur, mais contre l’illusion que nous avons accepté comme réalité, que nos choix sont programmés, notre vie est téléguidée de l’extérieur, nous sommes programmés par un système de pensée. Nous sommes des êtres programmés et programmable. Personne n’ose dire la vérité, car plus le système fait sa course, plus la vérité devient difficile à dire. Plus nous devenons faux, nous marchons plus loin de notre ancrage, notre vraie vie, notre identité.
Cette guère est difficile, violent, l’ennemie est le système que nous avons consentie à vivre, et nous le savons, cette guère spirituelle n’est pas perdu. Elle est perdue si nous acceptons volontairement de vivre dans le système.
Nous organisons ce synode pour déprogrammer ce qui a été, déverrouiller le système et le mettre à nu. Pour que nous puissions comprendre que l’illusion du progrès, l’utopie derrière laquelle nous nous sommes fixes notre destin, n’est autre qu’une illusion. Dans ce système, il n’y avait pas d’avenir, il n’y en a pas, il n’y en aura pas, le destin de notre enfant nos garçon et nos filles viendra que lorsque nous comprenons qu’il faut produire notre propre système, ouvrir la boite pour pouvoir nous découvrir dans le système, lorsque nous acceptons de puiser local, de faire avec ce que nous avons, de cesser de fixer les regards de l’extérieur, mais de regarder vers l’intérieur, ici, en nous, dans cette terre. Nous allons construire, si non reconstruire une civilisation sur les trois piliers : c’est un système, notre propre système est l’unité, l’amour et la vérité, c’est le chemin de toute une science, de la science et de Dieu. Merci.
Bondye beni Ayiti.
Manassé Pierre Louis, Can Ph D.
Coord., du 1er Synode National Protestant Haïtien.
26 juillet 2026.