Bibliothèque Universitaire Louis Joseph Janvier, comme naissance de l’être et de Dieu.
Une bibliothèque de théologie (sciences humaines et sociales). Bibliothèque universitaire Louis Joseph Janvier (BULJJ), fondée en 2019 par l’ass. Penser la théologie, en partenariat avec l’Université de la Deuxième République (UDR).
J’ai cette tentation qu’en nommant le titre de mon article « naissance de l’être et de Dieu », la tentation de nommer Haïti d’une naissance. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Les autres-disons- les Haïtiens, celles et ceux qui aspirent au changement, parlant de nouvelle Haïti. Je parlerais d’une deuxième Haïti, je parlerais d’une naissance, d’une Haïti naît de nouveau. Toute naissance, d’ailleurs engendre de la souffrance et du désarroi. Elle est cependant le début de l’existence. Naissance de l’être, je veux dire, naissance d’un être capable de Dieu, capable d’être- de soi.
Il est évident qu’il y ait une stagnation. Je définis cette stagnation comme une gestation de ce qui est à venir. On est en train de faire un chemin, de cheminer dans le noir. Comme l’a souligné Bonhoeffer, il est important de suivre le chemin qui mène, de marcher sur le chemin, de cheminer, même en ignorant l’objectif. La marche finit par lever le voile qui cache ce but. Toutefois, il est essentiel d’éviter certains chemins : c’est le chemin du divertissement, de l’obscurantisme, du non-être. Le chemin de la facilité ne nous mène pas à l’être, tout comme il ne conduit pas à la naissance
La vraie question, telle qu’elle m’apparait aujourd’hui, c’est, qu’est-ce qui nous a tenu, m’a tenu ? A notre Insu, à mon Insu ! Dans notre routine quotidienne, notre stagnation quotidienne, il faut chercher le chemin du sens. C’est le mystère d’une naissance. Si on doit reprendre la phrase de Vaclav Havel, qui nous apprend que « Ayez la conviction que les choses vont bien tourner, c’est la certitude qu’il y a du sens quelle que soit la manière dont les choses tourneront ». Dans la marche de cette naissance, de cette nouvelle Haïti.
Pourquoi les livres plutôt que les réseaux sociaux ? Je commence par les réseaux sociaux, car ils nous mènent à la fuite de nous-même. Ils entraînent la fuite. Ils sont comme une dose, ils font calmer, apaiser pour un temps. Ils ne guérissent pas. Car en face d’un problème, il y a l’impasse. Il y a deux façons de gérer un problème, soit on le fuit, soit on l’affronte. Les réseaux nous poussent à nous divertir, à ignorer le problème, à ne pas l’affronter.
Il existe des livres qui nous aident à faire face à nos problèmes. Le problème peut être considéré comme une mort. Mort à un espoir, à un projet, à une routine. Il peut-être une mort à moi-même qui suit porté par cet espoir, ce projet. Ce projet semble être une mort pour certains jeunes qui rêvent tant d’une nouvelle Haïti. Autres fois, il était un projet, mais maintenant, ce projet est une mort. Eux qui étaient portés par une espérance que quelque chose allait changer. Mourir dans ce sens-là, dans l’expérience de l’impasse est déstabilisant. Cette mort est sources d’inquiétude et d’angoisse. Qu’est-ce qui nous arrive en face de cette mort. On n’est plus maître de notre avenir. On n’agit pas, on est agi. La passivité s’installe, et ce sont les événements qui prennent le dessus sur nous-mêmes. Je m’accroche à mon rêve, à mon projet. À côté de moi, il y a un abîme, mais également en moi, qui me donne des vertiges et me paralyse. C’est ce projet, ce rêve qui est happé, emporté par la mort.
En voyant mon problème comme un abîme, je réalise qu’il n’est pas seulement à côté de moi, il est en moi, il est à moi. Deux options s’offrent à moi : soit je continue ma vie comme si de rien n’était, c’est ce que je qualifie de déni. Oh que grave ! Ou alors, je fais face à mon problème. Dans l’affrontement, c’est la meilleure direction à prendre, mais en sachant qu’on affronte la mort, je me confronte à ma propre mort. Ici, j’évite le chemin du déni, car derrière le déni se cache la souffrance et la misère. Je cache mon moi, mes projets. C’est un abandon à moi. Je fais un choix, l’affrontement. Pour affronter, il faut avoir les moyens nécessaires. Face à notre mort, les livres sont l’arme la plus redoutable.
Les livres donnent naissance, ils font revivre. « Un livre m’a sauvé la vie ». Tout comme un livre peut sauver toute une communauté. Le livre me passionne, il me met en contact avec le passé, le présent et l’avenir. Il me met en contact avec le monde. Je suis en contact avec la vie et la mort. C’est pourquoi, grâce aux livres, vaincre ma propre mort est possible. Ainsi, le rôle d’une bibliothèque a une vertu de conservation, de préservation, il est un abri qui permet de durer, une béquille qui prolonge une vie.
Reprenons le concept de la mort, l’expérience de la mort dont nous avons parlé. Car au soir de la vie, je suis confronté à elle. On a cette échéance de la mort car elle est devant moi, même si je n’en connais pas l’heure. Celle-ci est certaine ! Cette mort est aussi celle de ma mort, car elle a moi, en moi. Ultime expérience d’impasse, d’abîme, de décomposition de moi, du moi. Expérience aussi car dans l’impasse et face à la mort, il y a deux moi. L’ancien et le nouveau. Disons dans cette décomposition de moi ou du moi, il y a un tri, un choix. L’autre moi, celui reste stagne qui fait l’expérience de l’abîme et l’autre qui renaît. Je suis né de l’abîme, hors de l’abîme, à travers lui, de la séparation avec l’ancien moi. Comme une graine, il y a un autre, cet autre, ce nouveau moi.
Reprenons l’exemple de divertissement, de fous rire, des réseaux sociaux. C’est une posture. Ils sont voilés. C’est une tentation, mais ils sont une fuite devant notre mort. En revanche, ils sont notre mort, une fuite à notre mort. On ne voit pas que la fuite est une fuite, elle est voilée. On la prend pour une issue, une solution. Si elle peut l’être pour un temps et donc provisoirement comme béquille, on se trompe en le considérant comme une fin. On s’en tient à une occultation. Mais par-dessus tout, il y a une voie, une possibilité non encore dévoilée. Certains peuvent le voir comme une perte de temps. C’est un inconnu qui fait peur, une voie neuve, non encore exploitée.
Avec ses cinq mille ouvrages, la BULJJ nous permettra de ne considérer que le problème ou l’impasse, l’épreuve. Elle est une lumière, qui nous permet de voir autre chose. Nos jeunes sont en train de vivre deux choses : l’épreuve et l’expérience. Notre problème, c’est notre épreuve. Nous cherchons tous à la traverser, à l’affronter. Il est préférable de ne pas succomber. Il faut chercher la clef, question ne de pas fourvoyer et de s’y enfoncer. L’épreuve, c’est quand je tente d’affronter le mal j’ai eu une prise de conscience du passage qui m’est demandé de prendre. L’épreuve réside dans la conscience du passage, l’expérience de la transition de l’ancien moi au nouveau, en un mot, d’une naissance de l’être, de ma naissance. C’est le passage dans la vérité de mon moi. Le mal dont nous subissons doit accoucher un moi nouveau. C’est-à-dire, tout ce que nous sommes en train de vivre, les douleurs, les misères, les souffrances. Ce que nous avons éprouvé dans notre chair, dans notre âme. La mort que nous sommes en train de traverser comme puissance de destruction, c’est quand elle est devenue, grâce à une prise de conscience d’un passage. Elle est devenue lieu, source de vie, de bien, de possibilité, de capacité, de créativité.
BULJJ (les livres) représente une source inépuisable de vérité, un don, un dévoilement, celui de notre ancien moi pris au piège de la mort et du mal. Elle est lumière qui doit nous atteindre dans notre nouveau moi, une vérité. Elle l’autre moi, le nouveau moi. La nouvelle naissance d’un moi capable d’être et de Dieu. C’est notre propre être qui nous ouvre au-delà de nous-même. Elle est porteuse d’un nouveau moi, d’un nouveau monde, d’une nouvelle possibilité de vivre dans le présent et comme anticipation fragmentaire du Royaume à venir.
Vivre les livres et vivre la BULJJ.
Manassé, Strasbourg 4 aout 2024.

